Filiation protéiforme | 2026
49 Les (anti-)modèles parentaux. La filiation biologique entre déclin et travail de réparation de la filiation, en mettant l’accent sur les membres de la famille qui ont contribué au devenir identitaire du sujet, qu’il s’agisse d’une influence positive ou bien négative. L’écriture de la filiation de Jean-Luc Coatalem donne la parole à un auteur-narrateur en quête permanente de ses ancêtres, suggérant l’impossibilité de se définir soi-même sans passer par les autres de la famille, images diffractées de lui-même. En acceptant que le récit de filiation repose sur l’existence d’une quête et d’une enquête, censées restituer la vie des ancêtres occupant une place importante dans la formation identitaire de l’individu-sujet, on consent implicitement que le récit prenne parfois, sans pourtant s’y limiter, la forme d’une biographie de l’ascendance. L’accent mis sur la figure parentale s’explique par le rôle essentiel qu’elle joue dans l’édification du Moi. Pour reprendre les termes de Simona Jişa (2018, 9), « [l]e récit de filiation évoque ruptures et cohésions inattendues, déterminismes et marques d’originalité, et se constitue, en dernière ligne, en récit fondateur du moi. ». C’est justement là que réside la raison de l’attention accordée à la vie des parents, à leur expérience et à leur destinée : cela permet au sujet-héritier de mieux se connaître et de choisir s’il souhaite ou non reproduire fidèlement le modèle – ou l’anti-modèle – incarné par ses prédécesseurs. Pères, mères, figures familiales proches ou éloignées, toutes sont objet d’une investigation visant « une meilleure connaissance du narrateur de lui-même à travers ce(ux) dont il hérite » (Viart 2009, 96). Comme Dominique Viart le considère, si dans les récits de filiation auteur et narrateur se confondent de manière explicite, celui-ci n’est pourtant pas le personnage principal du récit qui est centré sur un ascendant problématique dont la vie sera restituée « non pas sur le modèle du savoir biographique mais sur celui de l’in-savoir et de l’enquête que cela suscite » (2019, 13). 1. La figure du (grand-)père Parmi toutes les figures familiales qui font l’objet de l’(en) quête, on remarque chez Coatalem l’attention particulière accordée au (grand-)père : l’auteur indique ainsi le rôle que la figure paternelle joue dans le processus de la formation de l’enfant et dans la préservation du lien filiatif. Dans ses études, Viart souligne cette inclination de la littérature contemporaine à centrer l’écriture sur des personnages masculins, en
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