Filiation protéiforme | 2026
50 Andreea DOBRESCU accordant une place particulière à la figure paternelle : « Il semble que cette insistance soit liée au symbolisme paternel : celui-ci représente l’autorité, le savoir social » (2009, 103). Si le père représente le savoir, la connaissance, le sujet en pleine construction identitaire accordera à son géniteur la première place dans sa recherche pour être capable d’arriver finalement à lui-même. Or, chez Coatalem, la figure du (grand-)père prend deux représentations fondamentales selon la dialectique du Bien et du Mal, de la présence et l’absence de la vie de l’enfant : le père idéalisé et le père fautif. 1.1. Le (grand-)père idéalisé Symbole de l’autorité, pater familias , le père est la figure la plus importante dans l’écriture de la filiation de Jean-Luc Coatalem. Par sa qualité de géniteur, le père assure la reproduction, donc la continuité de la famille et la permanence de ses valeurs, transmises à travers les générations, de père en fils. Autorité centrale au sein du clan, le père est responsable de la relation qu’il établit avec les autres membres de la famille dont il est la tête ; il assume en cela la réussite ou l’échec des rapports avec ses enfants. Le père que Jean-Luc Coatalem met en évidence est une figure présente dans la vie de l’enfant, même si, à un moment donné, il quittera les siens (le grand-père pour aller en Indochine en tant qu’officier colonial, puis pour être déporté dans l’Allemagne nazie comme prisonnier de guerre et le père, quant à lui, s’emmurant dans le silence). Une fois éloigné de l’univers familial, le père brille quand même de cette absence qui obsède ses descendants. C’est sans aucun doute à cela que le narrateur de La part du fils fait référence quand il parle de l’image d’un grand-père qui l’obsède et qui ne lui laisse aucune autre alternative que de partir à sa recherche : « Comment l’entretenir [il fait référence ici à son père] de ce projet sur lequel je m’épuisais ? Comment lui faire admettre que l’absence de Paol s’était fichée en moi, et que la blessure s’envenimait ? Oui, il me fallait reprendre cette histoire, me glisser parmi ces ombres et, comme dans ces gravures médiévales où le mort danse avec le vif, entrer à mon tour dans la ronde… » (PF, 99). Dans la préface de Suite indochinoise : Récit de voyage au Vietnam , Coatalem illustre la même hantise d’un grand-père jamais connu, mais rendu présent par son absence : « Et puis, surtout, il y a cette ombre tutélaire qui m’obsède et me précède, Camille Coatalem, mon grand-père paternel […]. » (SI, 9).
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