Filiation protéiforme | 2026
51 Les (anti-)modèles parentaux. La filiation biologique entre déclin et travail de réparation Quoique la figure paternelle se disolve dans le paysage familial et que les enfants éprouvent la nécessité d’une relation plus proche avec leur père, ce dernier reste quand même un personnage exemplaire dans leur vie. En témoigne le narrateur de La part du fils qui, malgré le silence de son père et la froideur de son comportement, continue à être un modèle pour ses enfants : « Il nous avait emmenés dans ses bagages découvrir le monde. Nous l’admirions comme des fils leur père. » (PF, 33) Dans Suite indochinoise : Récit de voyage au Vietnam , on rencontre la même idée de la persistance de l’image du grand-père : « Je n’ai pas oublié Camille, mon beau lieutenant, mon vieux grand-père » (SI, 117) ; la même idée du respect, de l’admiration que le petit-fils éprouve pour son grand-père : « Alors, tantôt, en hommage, j’ai marché sur le boulevard saigonnais où il avait défilé très fier et superbe […]. » (SI, 84). Dans ces circonstances, malgré leur absence, les figures paternelles se révèlent avant tout, chez Coatalem, comme des modèles de filiation. Dans ces deux récits – La part du fils et Suite indochinoise : Récit de voyage au Vietnam –, Coatalem insiste sur la triade grand-père – fils – petit-fils, mettant en évidence deux figures paternelles : celle de Paol/ Camille Coatalem 5 en tant que père du père et celle de Pierre/ Jean 6 en tant que père du narrateur. Ces deux figures sont, avant tout, le symbole de l’autorité familiale, de la sagesse, à l’image d’un maître qui apprendra à ses enfants une matière utile à la vie, nouant du même geste une connexion affective avec eux. Dans La part du fils , le narrateur parle des vacances de famille, des moments heureux que son grand-père aurait vécus en compagnie de son épouse Jeanne et de ses enfants : « C’est un canot de quatre mètres cinquante, dont ils ont hissé la voile rouge, une brise les pousse au large, le père et les fils […] C’est une Bretagne qui ne changera pas, un pays d’enfance. » (PF, 11-12). Dans Suite indochinoise , par l’affirmation « Camille reste en filigrane à chaque page de ce livre, que je l’écrive ou non… », Coatalem confirme l’importance de cet ancêtre et son influence sur ses descendants. Par l’utilisation de mots tels que « mon Camille d’hier » (SI, 67), « Camille, mon beau lieutenant » (SI, 117), « mon vieux grand-père » 5 Alors qu’il s’agit du même personnage, le grand-père du narrateur est appelé Paol dans La part du fils et Camille Coatalem dans Suite indochinoise : Récit de voyage au Vietnam . 6 Alors qu’il s’agit du même personnage, le père du narrateur est appelé Pierre dans La part du fils et Jean dans Suite indochinoise : Récit de voyage au Vietnam .
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