Filiation protéiforme | 2026

52 Andreea DOBRESCU (SI, 117), « [p]auvre petit grand-père inconnu » (PF, 195), « mon grand-père fragile » (PF, 211), Coatalem suggère le rôle significatif que le grand-père joue dans la vie de ses précurseurs qui procèdent à une mythification de cette figure tutélaire. Pourtant, comme cet ascendant reste un inconnu familier, jamais rencontré par son petit-fils, passé sous silence par les autres membres de la famille, son idéalisation se résume à l’enquête que le petit-fils-narrateur lui consacre, à ses efforts de restituer cette existence passée. Quant à la figure du père (Pierre ou Jean), le narrateur offre plus de détails sur les rapports entre lui et son géniteur : cela se justifie par une vie vécue ensemble. Pour reprendre les mots de Guy Corneau, le père est « le premier autre que l’enfant rencontre en dehors du ventre de sa mère […] le père incarne d’abord la non-mère et donne forme à tout ce qui n’est pas „elle” » (2003, 25). Par ailleurs, la mère représente le corps à l’intérieur duquel la nouvelle vie prend forme et reste donc plus attachée à l’enfant du point de vue affectif, tandis le père, participe, selon Corneau, à la préparation de l’enfant pour passer de l’univers clos de la famille vers le monde extérieur où ce dernier devra s’intégrer (2003, 26). Dans La part du fils , ce rôle du père comme initiateur à la vie sociale, transmetteur du savoir-faire est explicitement marqué par le narrateur qui accorde à Pierre le mérite de lui avoir enseigné ce qu’il sait faire : « Il nous avait appris à presque tout faire : nager, godiller, naviguer, conduire, escalader des falaises, rejoindre la grotte Absinthe, monter à cheval, tirer au fusil, chasser au harpon. À ne jamais réclamer. À garder les dents serrées. À s’obstiner. » (PF, 200). Par son courage, sa justesse et son intégrité, le père reste un modèle pour ses enfants qui ne cessent de l’admirer et de le respecter : « Quand nous étions enfants, avec mon frère, il nous impressionnait par sa vigueur, sa droiture, sa fiabilité de métronome. » (PF, 200). Quoique le père se soit effacé à un moment donné de la vie de l’enfant, Coatalem souligne une réussite, même partielle, de l’acte de la paternité ; or, comme Guy Corneau l’affirme, c’est aussi en acceptant ses propres limites que le père ouvre à son enfant l’accès au monde réel où la perfection est impossible (2003, 26). Ainsi, dans Suite indochinoise : Récit de voyage au Vietnam , en dépit de toutes les divergences entre les deux acteurs de la filiation, le narrateur réussira finalement à comprendre son père : « Je n’ai compris mon père que tardivement, ayant moi-même avancé en âge, le fossé entre nous se remplissant à mesure que nous

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