Filiation protéiforme | 2026

53 Les (anti-)modèles parentaux. La filiation biologique entre déclin et travail de réparation vieillissions : les années s’ajoutaient, formaient remblai puis passerelle entre lui et moi […]). » (SI, 28-29). En dépit du degré d’implication dans l’éducation de son enfant, en dépit de sa présence ou de son absence, des similitudes et des divergences d’opinion, le géniteur dépeint par Coatalem reste en tout premier lieu une figure mythique qui veille sur ses enfants, une figure qu’ils idéalisent. Cependant, l’écriture de la filiation chez Coatalem pose également le problème d’une filiation déficitaire, causée par l’absence d’un père qui brise le cadre familial et y ouvre des fissures 7 . 1.2. Le (grand-)père fautif : le cas d’une absence Le père disparu du foyer domestique continue à être une « absence dans la présence » (Pintican 2019, 12), un personnage qui occupe une place singulière dans la famille. Sans aucun doute, cette persistance de la figure du père est liée à sa fonction – instance suprême, incarnation du pouvoir familial – et à la reconnaissance de son autorité par les autres membres de la famille. Or, le manque du père prive l’enfant d’expériences essentielles à son développement ; cette absence est plus grave qu’elle puisse paraître car le père manquant sera à l’origine d’un fils manqué , pour employer le titre du livre signé par Guy Corneau (2003). Risquant de causer l’échec du fils, tantôt sur le plan individuel, tantôt sur le plan social, son absence rend le père fautif. Effacés du cadre familial par leur volonté (père taiseux ou délaissant) ou bien à cause de circonstances extérieures (comme c’est le cas du grand-père, mort dans les camps de concentration nazis), les personnages masculins de Jean-Luc Coatalem se figent dans une typologie de la non-présence, s’engageant dans un mouvement plus large de la littérature contemporaine qui, selon Viart, trahit « l’expérience majeure d’une déliaison », une littérature qui sort sous la plume d’écrivains orphelins ou abandonnés par leur père (2009, 103-104). Dans les récits de filiation de Coatalem, l’histoire manquée, incomplète de la famille et toutes les absences qui s’enchaînent sont le résultat de la disparition du grand-père, Paol ou Camille Coatalem, 7 Voir Andreea Dobrescu, « L’absence de (re)pères et ses mécanismes destructifs. La part du fils ou (en)quête généalogique pour la récupération de l’identité », in Quaestiones Romanicae X, tome 2. Timișoara, Editura Universităţii de Vest Timișoara, 2023, p. 10-23.

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