AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 102 Ces voix-ci pensent en termes de coûts, de vitesse, de rayonnement, de qualité. Certains affirment que, en choisissant l’anglais plutôt que le français dans leurs communications primaires 5 surtout, les scientifiques francophones ne détournent pas le français parce que celui-ci serait inapte d’exprimer la modernité de la science, mais tout simplement pour des raisons de gestion du temps, en quête de la visibilité et de l’avancement dans la carrière. Le fait qu’actuellement c’est l’anglais qui est la lingua franca des communications et des publications scientifiques peut être vu comme un avantage majeur pour les chercheurs québécois, de par leur situation privilégiée en Amérique du Nord : Plusieurs considèrent même que les scientifiques québécois sont particulièrement bien placés pour tirer profit de cette situation, étant donné qu’ils sont déjà, pour la plupart, intégrés aux réseaux de chercheurs nord-américains et qu’ils en maîtrisent bien la langue. Ils sont aussi considérés comme avantagés par le fait qu’ils sont situés au confluent des deux courants scientifiques, l’américain et l’européen. (Conseil supérieur de la langue française 1991) D’autres sont d’avis que l’on ne saurait réduire la science à un marché des communications. La science serait avant tout un lieu de production des connaissances et la production des connaissances s’accompagne de la production des concepts aussi. Dans cette ligne de pensée se situent des auteurs tels que Paul Germain (1989), qui défend l’idée selon laquelle la langue serait capable de modeler le raisonnement : La langue est d’abord cette composante constitutive de l’homme qui lui permet de modeler une certaine manière de vivre, de comprendre, de sentir et d’exprimer la richesse intellectuelle, esthétique, affective, mystique qui habite le fond de son être et qui est le fruit d’un enracinement dans un passé, dans une culture, dans un peuple. (11) Il faudrait, selon Germain, d’une part « favoriser les diversités de pensée, de conceptions, d’imaginaire culturel » et d’autre part « refuser le monopole de l’évaluation, le monopole de la détention des résultats scientifiques » _____________ 5 Les communications primaires présentent des faits scientifiques nouveaux, destinés à la communauté scientifique internationale, alors que les communications de synthèse communiquent à un public plus large les principales avancées scientifiques.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=