AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 148 […] D’ailleurs, elle devenait trop sentimentale. Il avait fallu changer des miniatures ; on s’était coupé des poignées de cheveux, et elle demandait à présent une bague, un véritable anneau de mariage, en signe d’alliance éternelle. (Flaubert 1945, 142) Probablement, Emma acquiert ces idées de ses lectures. Vraiment, au XVIII e siècle aristocratique encore, il y a des personnes réelles qui font ces choses pour mettre une sorte de sceau sur leurs relations amoureuses. De ce point de vue, l’étude historique de François Bluche fait référence à un moment donné à Julie de Lespinasse, qui d’habitude écrivait de longues lettres à ses amants dont elle se déclarait. En plus, dans un sous-chapitre intitulé Modes et sentiments , le chercheur nous dit que « De même, est-il d’usage, aux moments de grande passion, de se constituer à tout hasard, un petit stock de reliques d’amour. » (Bluche 1980, 138). Nous trouvons que cette ressemblance entre le personnage féminin crée par Flaubert et une personne réelle qui a vécu dans la deuxième moitié du XVIII e siècle n’est pas une simple coïncidence. Elle a un double sens : le premier vise le fait que Flaubert connaissait des aspects importants d’histoire de vie privée ou quotidienne, ce qui l’a beaucoup aidé à donner de la vraisemblance à son personnage. Le deuxième fait référence à la raison d’introduire ce genre de détail pour caractériser les actions exagérées d’Emma Bovary. Probablement, l’auteur veut mettre en évidence le fait que la jeune femme préfère vivre dans un monde idéel conçu à la base de ses lectures. De plus, cela montre le fait qu’elle est un peu démodée dans ses pratiques, ce qui la rend ridicule aux yeux de son amant. Pour conclure, et Emma Bovary et Cécile Volanges constituent des exemples pour l’excès d’amour et celui-ci contribue beaucoup à leur perte morale et sociale. B. La religion de l’amour absolu En dehors de sa résistance vertueuse face aux déclarations du vicomte, madame de Tourvel est tombée vraiment amoureuse de celui-ci. Quoiqu’elle fasse tous les efforts nécessaires pour lui résister, elle a la conscience de la faiblesse de son esprit. Elle sent très bien que cette expérience la conduira à la mort ou à la souffrance permanente. Pour celle-ci, le nouveau sentiment éprouvé est considéré un trouble mortel qui lui ôte la force de combattre. Le conflit intérieur est fondé sur l’opposition entre le devoir et l’amour et cette fois-ci c’est l’amour qui vainc. De ce point de vue, l’excès d’amour pour le vicomte est doublé par le masque de la vertu exagérée.

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