AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 149 Madame de Tourvel ne peut pas détenir le contrôle de son corps et de ses sentiments. Le manque de pouvoir intérieur, moral et sentimental se reflète au niveau de son corps. La soumission physique coïncide ainsi avec la soumission sentimentale. À partir de l’implication complète dans l’acte amoureux, la présidente consacre sa vie entière à son amant. La figure de Dieu est remplacée par celle de Valmont par un transfère spirituel de mauvais augure. Madame de Tourvel reconnaît que son unique raison de vivre est le vicomte. Ici nous identifions un point où le personnage de Laclos ressemble à Emma Bovary de Flaubert. Leur unique raison de continuer la vie se trouve dans la possibilité de rendre heureux à celui qui fait l’objet de leur amour. Les deux femmes pensent avoir trouvé l’amour absolu. Ainsi, la jeune femme avoue à Madame de Rosemonde le fait qu’elle est entièrement livrée à Valmont : C’est donc à votre neveu que je me suis consacrée ; c’est pour lui que je me suis perdue. Il est devenu le centre unique de mes pensées, de mes sentiments, de mes actions. Tant que ma vie sera nécessaire à son bonheur, elle me sera précieuse, et je la trouverai fortunée. Si quelque jour il en juge autrement…, il n’entendra de ma part ni plainte ni reproche. J’ai déjà osé fixer les yeux sur ce moment fatal et mon parti est pris. (Laclos 1972, 372) Nous pouvons identifier dans ces quelques lignes l’idée du sacrifice total pour l’amour et le bonheur de l’autrui. À la fin du paragraphe, on ressent une sorte de sombre présage qui porte sur la fin de cette expérience capitale. Madame de Tourvel conservera sa dignité, en dépit de tout ce qu’elle va souffrir à cause de Valmont. Si pour elle l’excès de l’amour pour son amant n’implique pas l’évanouissement total de la conscience, pour Emma Bovary cet excès se concrétise dans des escapades risquées, dans des actions inconscientes et dangereuses : Un matin, que Charles était sorti dès avant l’aube, elle fut prise par la fantaisie de voir Rodolphe à l’instant. On pouvait arriver promptement à la Huchette, y rester une heure et rentré dans Yonville que tout le monde encore serait endormi. Cette idée la fit haleter de convoitise ; elle se trouva bientôt au milieu de la prairie, où elle marchait à pas rapides, sans regarder derrière elle. (Flaubert 1945, 136) Nous pouvons identifier par comparaison ouverte entre la Présidente de Tourvel et Emma Bovary deux traits de caractère distincts qui les individualisent. Si Madame de Tourvel ne fait aucun geste insensé qui
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