AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 14 le caractère et les écrits de M. Necker, Manuscrits de M. Necker publiés par sa fille, plutôt que marquer une distanciation de l’auteure vis-à-vis de sa vie, témoignent du rôle actif de sa famille dans l’histoire de la France durant les années de la Révolution. Ces textes se constituent comme réflexion ininterrompue sur quatre paradigmes qui ont jalonné la pensée politique staëlienne : Jacques Necker (son père), le principe de la liberté, l’Europe et Napoléon. Dans l’Avertissement de l’auteur des Considérations sur la Révolution français e elle note: J’avais d’abord commencé cet ouvrage avec l’intention de le borner à l’examen des actes et des écrits politiques de mon père. Mais en avançant dans mon travail, j’ai été conduite par le sujet même à retracer, d’une part, les principaux événements de la Révolution française et à présenter, de l’autre, le tableau de l’Angleterre, comme une justification de l’opinion de M. Necker, relativement aux institutions politiques de ce pays. […] Il restera néanmoins dans ce livre plus de détails relatifs à mon père et même à moi. (p.59) Par voie de conséquence, l'impartialité tant désirée et réclamée par une entreprise de ce calibre est une pseudo-objectivité derrière laquelle se cache un point de vue ouvertement subjectif. En fait il y va d’un plaidoyer pro domo qui se tient cependant loin des accents mélodramatiques, emphatiques ou pathétiques. « Mon ambition serait de parler du temps dans lequel nous avons vécu, comme s'il était déjà loin de nous. Les hommes éclairés, qui sont toujours contemporains des siècles futurs par leurs pensées, jugeront si j'ai su m'élever à la hauteur d'impartialité que je voulais atteindre. » ( Considérations 61) Au commencement de la rédaction de ses deux derniers livres, les Dix années d'exil et les Considérations sur la Révolution française , cela fait plus de trente ans que Mme de Staël réfléchit sur le principe de la liberté et des bons gouvernements des individus et des nations. Chacun de ces deux livres montre, sui generis , ce que leur auteure pense sur l’Europe, Napoléon et M. Necker, de façon plus concrète dans le premier, plus philosophique dans le second. Si elle fait semblant de ne pas être elle-même l’objet de ses mémoires, c’est pour renforcer le rôle et la place de sa famille (et d’elle- même) dans l’histoire de la France sous la Révolution, démarche historique qu’elle veut objective (mais il ne l’est pas !) : « Ce n’est pas pour occuper le public de moi que j’ai résolu de raconter les circonstances de dix années
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