AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 15 d'exil. » ( Dix années d’exil 201) 1 Un autre argument qui soutient notre hypothèse c’est l’architecture même des récits ; il est à remarquer les deux niveaux de l’écriture: le premier, historique et le second, intimiste qui s'imbriquent et changent de rôles, occupant tour à tour la scène principale déroulée sous les yeux des lecteurs. Il y va d'un glissement des plans et parfois il devient assez difficile d'établir où finit l'un et commence l'autre. L’épigraphe que nous avons choisie de la Sainte Écriture se met en rapport avec la période de la vie de Mme de Staël où elle rédige ses mémoires : c’est un moment de bilan quand elle peut créditer les propos de l’Empereur de l’antiquité hébraïque, Ecclésiaste, l’auteur des Proverbes . Dans le registre de l’autoscopie, le binôme introspection / examen de loin de sa propre vie n’est lui-aussi que la recherche d’une sagesse impossible la jeunesse durant, car les circonstances sanglantes qui hantent le moi social n’arrivent à s’apaiser, paradoxalement, qu’au moment où l’écrivain les fixe sur le papier, pour remplacer le souvenir douloureux par le calme, comme suprême libération. Les mémoires, de ce point de vue, sont un exercice de la sagesse. 2. Les bénéfices d’une contrainte Le voyage est l’une des conséquences 2 de l’exil staëlien. Il a sans doute contribué pour une part essentielle à l’établissement des contacts à l’intérieur du Groupe de Coppet 3 dont Mme de Staël était le haut-parleur. De l'autre côté, le voyage a apporté des bénéfices concernant les interactions du Groupe avec d’autres esprits iconoclastes de l’Europe. Les Coppétiens ont également estimé le voyage, dans le nouveau contexte européen des mentalèmes, en tant qu’élément paradigmatique fondamental de la civilisation occidentale pour ce qui regarde les rapports entre les individus et la société. Prenons l'exemple de la Dame de Coppet : de ses _____________ 1 Madame de Staël, Mémoires. Dix années d’exil. Ouvrage posthume publié en 1818 par M. le duc de Broglie et M. le baron de Staël. Nouvelle édition précédée d’une notice sur la vie et les ouvrages de Madame de Staël par Mme Necker de Saussure , Paris, éditeur Fasquelle, s.a., collection Bibliothèque Charpentier. Dorénavant désigné à l’aide du sigle DA, suivi du numéro de la page. 2 Cf. Balayé, Simone, Mme de Staël. Écrire, lutter, vivre , Droz, 1994, p.57 : « L’exil, avec ses conséquences, l’éloignement, le voyage, l’absence est un coup d’arrêt à la vie, une douleur que le temps augmente. » 3 Cercle et école littéraire romantique dont le chef de file et l’hôtesse était Mme de Staël ; les séances du cercle se tenaient, durant la première étape du Groupe, à Paris et, lors de l’exil staëlien, à Coppet, en Suisse (dans le château de la famille de la baronne de Staël), ou bien dans d’autres villes de l’Europe où Mme de Staël séjournait par contrainte. Elle a été chassée de la France par Napoléon.
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