AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 159 mutuelle? […] C’est donc pour une passion fondamentale du libertinage […] que la précautionneuse Marquise risque l’irréparable. (2003, 54-55) De plus, « la joie du triomphe ne saurait se savourer en silence sans se dénaturer, il faut qu’elle [la Marquise] insulte Valmont en pleine face, à pleine page » (Goldzink 2003, 55). Si l’exégèse laclosienne reste sceptique à l’égard de la prétendue visée moralisatrice des Liaisons , d’après Pierre Bayard (1993, 22), « le livre enseignerait plutôt la nécessité de ne pas laisser traîner les lettres compromettantes » tout comme le font les épistoliers des Liaisons dangereuses . Pourquoi lire? Les épistoliers des Liaisons écrivent et lisent. La lecture d’une feuille de papier que l’on reçoit inopinément remplit des fonctions précises, qui servent l’apprentissage. Hormis le désir de se renseigner, qui est le propre de l’homme depuis toujours, une telle lecture renferme beaucoup plus. L’érotisme n’en est pas loin. Pourquoi lire donc ? Pour se mettre à la page, lorsque la distance rend impossible toute communication verbale. Ou plutôt parce que c’est plus fort que nous, parce qu’on ne saurait s’empêcher de le faire. Parce que c’est la seule forme d’assouvir, lorsqu’on se dérobe aux regards des autres, une passion qui nous est interdite, une passion dont on devrait rougir. Pour se faire plaisir. Parce que la lettre met à nu le corps. Parce qu’elle fait crier, au-delà de la feuille de papier vouée à la ruine progressive, le trouble que renferme le corps absent, l’âme qui se refuse au charnel, ou bien celle qui s’offre une fois que le vernis de la pudeur craque. Dans un premier temps, « l’objet lettre devient succédané d’un corps absent » (Seth 2003, 82). Ne savant pas trop qu’en faire, Cécile amène au lit le premier mot d’amour qu’elle reçoit de Danceny, où elle le relit à plusieurs reprises, comme pour actualiser la présence de son amoureux. Elle embrasse la lettre comme si elle l’embrassait lui, elle la chérit tout comme elle chérit son chevalier. Si elle finit par y répondre, c’est moins pour effectuer un acte de langage que pour signer un contrat des âmes, une complicité coupable aux yeux des autres, qui trouve un terrain fertile dans l’échange épistolaire. Madame de Tourvel renvoie au Vicomte les lettres que celui-ci lui adresse sans même les ouvrir. Les précautions qu’elle prend n’en diminuent
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