AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 162 enveloppe libellée à une adresse quelconque. La correspondance débouche sur l’apprentissage de la vie. La Lettre dévoile toute une série de réalités que l’on s’efforce de dissimuler derrière le masque de la civilité: Privée, secrète, complice, clandestine, hardie, ricanante, cynique, vouée à une franchise qui porte la guerre comme la nuée l’orage, elle [la Lettre] débouche inéluctablement sur les rivalités organiques du libertinage public, avec toute la force d’une violence longtemps contenue, ou tout simplement déniée— la chimère de l’amitié, de l’égalité, de l’estime entre un homme et une femme du monde, du monde libertin fantasmé par la littérature. (Goldzink 2003, 56) « Formation des formateurs » ou « C’est en forgeant qu’on devient forgeron »… Les formateurs ne sont pas exemptés d’apprentissage, bien au contraire. La Marquise de Merteuil, formatrice accomplie, fait part aux lecteurs, via la Lettre LXXXI, adressée à Valmont, de son propre parcours empirique. Le Vicomte, quant à lui, ne fournira pas une lettre autobiographique d’une telle ampleur. Il se contentera plutôt de montrer à quel point son expérience accélère l’avancée de ses projets visant Cécile et Madame de Tourvel. Dans une société qui fait régner la discrimination, la Marquise s’aperçoit vite des répercussions qu’attire l’appartenance à l’un des deux sexes. À chaque sexe son apprentissage. À chaque femme, de s’en rendre compte en temps utile, de s’assumer le rôle que lui réserve la société et d’agir en conséquence. Réussir sa vie, c’est adapter son parcours à ce que l’on soit homme ou femme : « Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. Dans cette partie si inégale, notre fortune est de ne pas perdre, et votre malheur de ne pas gagner » (Lettre LXXXI, p.230- 231). Laurent Versini remarque, dans Le roman le plus intelligent , le fait que « l’enseignement des Lumières est surtout patent dans la science de l’homme que recherchent et pratiquent les libertins » pour lesquels « l’homme s’apprend » (1998, 139). Bien avant d’apprendre comment fonctionnent les autres, Madame de Merteuil commence son propre apprentissage, « un long apprentissage de la division du corps et de la tête » qui lui permet « d’atteindre une totale instrumentation du corps » (Deneys- Tunney 1992, 305).

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