AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 164 je n’ai eu qu’à me louer depuis, ne me donnait encore aucun indice. On eût dit qu’elle travaillait en silence à perfectionner son ouvrage. Ma tête seule fermentait ; je ne désirais pas de jouir , je voulais savoir ; le désir de m’instruire m’en suggéra les moyens… (Lettre LXXXI, p.235 ; nous soulignons) Le mariage avec Monsieur de Merteuil lui fournit les premières expériences : J’attendais avec sécurité le moment qui devait m’instruire, et j’eus besoin de réflexion pour montrer de l’embarras et de la crainte. Cette première nuit, dont on se fait pour l’ordinaire une idée si cruelle ou si douce ne me présentait qu’une occasion d’expérience : douleur et plaisir, j’observai tout exactement, et ne voyais dans ces diverses sensations que des faits à recueillir et à méditer. (Lettre LXXXI, p. 236) Le séjour à la campagne lui permet d’approfondir ses connaissances à ce sujet à travers des rapports dont personne ne se douterait : « M. de Merteuil m’ayant menée à sa triste campagne, la crainte de l’ennui fit revenir le goût de l’étude; et ne m’y trouvant entourée que de gens dont la distance avec moi me mettait à l’abri de tout soupçon, j’en profitai pour donner un champ plus vaste à mes expériences » (Lettre LXXXI, p. 236). En élève appliquée, la jeune Merteuil mène des recherches en autonomie, profitant de tout ce qui peut lui fournir un apprentissage : « Ce fut là, surtout, que je m’assurai que l’amour que l’on nous vante comme la cause de nos plaisirs n’en est au plus que le prétexte » (Lettre LXXXI, p. 236- 237). La formation autodidacte de la Marquise ne s’arrêtera pas avec la mort prématurée de son mari; la jeune veuve reviendra sur les lieux, afin de parfaire son parcours empirique à travers « quelques observations » que l’on n’avait pas faites lors du premier stage (Lettre LXXXI, p. 237). À l’observation directe et aux expériences sociologiques vient s’ajouter la lecture en autonomie, dont la jeune femme n’ignore pas les mérites : « j’étudiai nos mœurs dans les Romans ; nos opinions dans les philosophes ; je cherchai même dans les Moralistes les plus sévères ce qu’ils exigeaient de nous, et je m’assurai ainsi de ce qu’on pouvait faire, de ce qu’on devait penser et de ce qu’il fallait paraître » (Lettre LXXXI, p. 237). Et pourtant…Il ne suffit pas de jouir d’une réputation irréprochable, d’autant plus qu’un tel charme, quoique nécessaire, ne manque jamais de

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