AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 166 Des maux de reins, de violentes coliques, des symptômes moins équivoques encore, m’ont eu bientôt éclairé sur son état: mais, pour le lui apprendre, il a fallu dire d’abord celui où elle était auparavant; car elle ne s’en doutait pas » (Lettre CXL, p. 447). Pour ce qui est de la correspondance du Vicomte, celui-ci se soucie moins de livrer au lecteur des mémoires détaillés au sujet de son propre apprentissage, se contentant plutôt d’inventorier les événements qui composent l’avancée de celui de Cécile : J’espère qu’on me comptera même pour quelque chose l’aventure de la petite Volanges, dont vous paraissez faire si peu de cas, comme si ce n’était rien que d’enlever en une soirée une jeune fille à son Amant aimé [...]; d’en obtenir ce qu’on n’ose pas même exiger de toutes les filles dont c’est le métier [...]. Une fois sortie de mes mains, les principes que je lui donne ne s’en développeront pas moins; et je prédis que la timide écolière prendra bientôt un essor propre à faire honneur à son maître. (Lettre CXV, p. 368) Tout instruit que soit l’enseignant, il n’est pas exclu qu’il rencontre un disciple qui lui fasse découvrir des facettes de lui-même dont il négligeait l’existence. Le Vicomte ne sera pas exempté d’un tel apprentissage bouleversant, qui lui vaudra l’étiquette de libertin « converti par l’amour » (Versini 1998, 16) de la part de la critique : « L’ivresse fut complète et réciproque » , écrit Valmont à la Marquise au sujet de Madame de Tourvel, « et, pour la première fois, la mienne survécut au plaisir. Je ne sortis de ses bras que pour tomber à ses genoux, pour lui jurer un amour éternel; et, il faut tout avouer, je pensais ce que je disais. Enfin, même après nous être séparés, son idée ne me quittait point, et j’ai eu besoin de me travailler pour me distraire » (Lettre CXXV, p. 406). En d’autres mots, Valmont cède finalement au « chant des sirènes du salut amoureux », comme le remarque Fontana dans Politique de Laclos (1996, 109). Aucun échange d’expérience ne se déroulera directement dans le roman. Les deux formateurs, Merteuil et Valmont, comparent leurs méthodes moyennant l’écriture des lettres et ne se rencontrent jamais au fur et à mesure des Liaisons . La lecture des lettres apparaît, également, comme le seul moyen d’avoir des nouvelles de son complice, « la tension de l’intrigue [étant] construite sur l’empêchement physique, sur une rencontre sexuelle toujours frustrée » (Fontana 1996, 92).

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