AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 187 Certains philologues disent que le proverbe est bref – Cezar Tabarcea préfère le terme concentré ( multa paucis ) parce qu’il considère le terme bref comme trop relatif, donc si on dit bref il faut ajouter par rapport à quoi. De plus, la formule Il n’y a point de si petit ver qui ne se recroqueville si l’on marche dessus a seize mots, mais Pierre est malade a seulement trois mots et, néanmoins, la première phrase est un proverbe, tandis que la deuxième n’en est point, quoiqu’elle soit beaucoup plus brève. En tenant compte du même exemple, on peut dire vraiment que le proverbe est concentré, car les seize mots transmettent un message complexe, nuancé, sentencieux, de grande généralité, applicable à maintes situations nouvelles de notre vie : chaque homme, a sa colère et sa sensibilité ; il vaut mieux ne pas le provoquer. Tandis que le sujet Pierre de la phrase proposée n’est point un représentant d’une classe générale d’hommes et le message – le fait qu’il est malade – est strictement valable pour lui ; il est impossible de généraliser et, donc, la phrase est dépourvue de tout sens sentencieux implicite. Le proverbe appartient au genre populaire – d’où le caractère oral et le caractère anonyme/collectif qui engendrent les variantes : 1. À menteur, menteur et demi; 2. À corsaire, corsaire et demi; 3. À malin, malin et demi; 4. À trompeur, trompeur et demi. Le proverbe remonte dans le passé, il se transmet d’une génération à l’autre sous sa forme fixe, qui comprend même des archaïsmes de divers types, donc, les proverbes ont leurs propres lois. Dans l’ Introduction à son Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes, Pierre Marie Quitard (1842) employait souvent le syntagme la langue proverbiale. Comme on vient de le voir, le proverbe est chargé de sens métaphoriques ou allégoriques. (Voir les exemples ci-dessus ; ainsi le ver représente, en fait, chaque homme banal, inoffensif, qui, une fois provoqué, sait se défendre avec acharnement). Mais, si on dit À beau gagner à qui la fortune rit c’est tout simplement un proverbe déclaratif, dénotatif, mais qu’on peut généraliser et employer pour décrire beaucoup de situations nouvelles de la vie. Le proverbe est dichotomique selon J.-C. Anscombre (2002 : 7) qui utilise le terme bimembre ), cela veut dire que le proverbe est polarisé sur deux
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