AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 18 relations d’interdépendance qui lient l’expérience et la représentation du monde. D’anciennes idées relatives aux déterminations géographiques des activités humaines sont revisitées. Les valorisations esthétiques issues pour l’essentiel du classicisme sont mises en question par une réhabilitation des temps et des lieux de la « barbarie » (les confins de l’Europe au Nord et au Midi), tandis que de nouvelles contrées s’ouvrent à l’action et aux rêves de l’esprit européen, chez Mme de Staël par exemple (pour l’Amérique, la Russie orientale). On assiste chez elle à une orientation des vecteurs de l’histoire, en particulier de l’histoire littéraire au sens qu’elle élargit les critères de définition et d’évaluation des activités créatrices. On voit se constituer chez elle des espaces imaginaires qui permettent de renforcer la dimension culturelle et symbolique de la représentation qu’elle a du monde. Accomplir, dire et réinvestir le voyage permet ainsi de redessiner la carte des activités et des productions humaines sous l’influence décisive des sciences de l’homme qui sont en train de se définir au temps de Coppet où elle est reine, en brisant la rigidité des anciennes nomenclatures du savoir. On connaît les « issues littéraires » des voyages en Italie ( Corinne ) et dans l’Empire autrichien ( De l’Allemagne ) pendant cet exil prolongé. L’étude de ces deux livres staëliens ne fait pas l’objet de cet article, mais le texte des Dix années d’exil fait nombre de références à d’autres voyages, encore plus curieux et terribles, vu les dangers auxquels Mme de Staël s’exposait. Prenons à titre d’exemple la Russie qui fait l’objet d’une bonne partie de ses mémoires . Obligée de s’enfuir afin de ne pas être la prisonnière de Napoléon, un examen de la carte de l’Europe devient plus que nécessaire, car le continent à cette époque-là est à moitié sous domination française . Où s’enfuir ? « Je passais donc ma vie à étudier la carte de l’Europe pour m’enfuir, comme Napoléon l’étudiait pour s’en rendre maître et ma campagne, ainsi que la sienne avait toujours la Russie pour objet. » (DA 319) Aussi cette nation, politiquement puissante, devient-elle son asile de même que l’objet de son examen, essayant de nouveau l’idée de complet : des aspects politiques (des chapitres entiers sur la famille impériale russe, sur ses mœurs des grands seigneurs), sociaux ( Établissement d’instruction publique, Institut Sainte Catherine, Aspects du pays ), moraux ( Caractère du peuple russe , Saint-Pétersbourg ), culturels ( Moscou, Saint- Pétersbourg ), mais surtout géographiques ( Route de Moscou à Pétersbourg, Route de Kiev à Moscou, Départ pour la Suède ). Le lecteur est, comme l’écrivaine, étonné de découvrir la civilisation et la culture dans

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