AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 19 d’autres territoires connus seulement des livres sous la formule des anciens: hic sunt leones . Chez Mme de Staël, ce type d’espace, premièrement imaginaire, prend corps et elle essaie de le pénétrer culturellement de son mieux, convaincue que le monde ne finit pas aux confins de la France, bien qu’il y ait encore des préjugés. La Finlande aurait été l’objet sans doute d’une étude complète si le temps (les événements, ou plutôt, sa fuite) n’avait pas tellement hâté son séjour. De toute façon, par son esprit européen, Mme de Staël attire l’attention des bons entendeurs: les pays de l’Europe peuvent s’enrichir l’un à l’autre, que la culture ne s’arrête pas aux bords de la civilisation et surtout, elle élargit les critères de définition et d’évaluation des activités créatrices ; l’Allemagne, la Russie, l’Angleterre, l’Italie, etc. ont leur propre apport à l’esprit de l’Europe. Nous ne pouvons passer sous silence quelques projets staëliens intermédiaires qui visaient une fuite possible par les Pays roumains, afin d’arriver en Russie, mais il est à noter que Mme de Staël en avait peur et craignait surtout les bandits. À notre avis elle devait craindre les haïdouks ; sa calèche extrêmement élégante, sinon parée d’or et sa suite de reine auraient pu attirer l’attention de Jianu le Haïdouk de la Valachie) : « Obligée de choisir, je me décidais pour la Galicie qui me conduisait au pays que je préférerais, la Russie... en tout cas je pourrais, s’il était nécessaire, partir de Galicie pour regagner Bucarest, par la Transylvanie. (DA 362) Plus loin, elle nous renvoie de nouveau aux Pays roumains ; il s’agit d’un bal chez une princesse moldave où le général Miloradowitsch l’avait invitée : « Le général Miloradowitsch m’invita pour le soir même de mon départ à un bal chez une princesse moldave. J’eus un vrai regret de ne pouvoir y aller. Tous ces noms de pays étrangers, de nations qui ne sont presque plus européens, réveillent singulièrement l’imagination. » (DA 390) Cette dernière remarque remonte aux préjugés qu’elle en avait (nous avons rappelé auparavant la formule hic sunt leones ), mais elle fraie en même temps la voie de l’imagination sur un pays où tout est en marge de la vérité. Nous ne savons pas si le regret staëlien de ne pas pouvoir aller rencontrer la princesse moldave est tellement vrai comme elle le prétend, mais le texte permet la présupposition, vu l’avidité de faire connaître ses idées dans toute l’Europe. De toute façon, l’espace des barbares s’avère être moins effrayant, plus humain et fort enrichissant pour la culture européenne changeante : « On se sent à la porte d’une autre terre, près de cet Orient d’où sont sorties
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