AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 40 monde du verbe et des significations : il est sans défense face au réel. Chez Quignard, la forme principale de cette désappropriation est le nom qui fait défaut. 2. La parole imparfaite Le texte où la théorie de Pascal Quignard concernant les implications profondes que suscite la carence du mot apparaît le plus clairement c’est le récit paru en 1993, chez Gallimard, Le Nom sur le bout de la langue . Selon l’auteur, toute parole est foncièrement imparfaite et elle ne peut faire autrement que rater l’expression de la chose : Aussi, toujours, toute parole est incomplète. Toute parole est incomplète deux fois, même dans l’hypothèse où la mémoire serait une action entièrement volontaire. Une fois parce qu’elle n’a pas toujours été (parce que le langage est acquis). Une seconde fois, parce que la chose manque au signe (parce qu’elle est langage). Tout nom manque sa chose. Quelque chose manque au langage. Aussi faut-il que ce qui lui est exclu pénètre la parole et qu’elle en souffre. C’est ce mot. (Quignard 1993, 67) Le moment où l’individu prend le plus conscience de ce handicap du langage c’est le moment où la parole lui échappe et où le mot refuse d’y faire immersion. Le lexème se tient sur le bout de la langue mais refuse de se délivrer. « Sur le bout de la langue : quelque chose germe sans fleurir » affirme l’écrivain (Quignard 1993, 14). Associé à l’image de la "pousse", le langage apparaît, tout d’abord, comme un surplus. Le langage est quelque chose que les humains ont de surcroît par rapport aux autres espèces. Le langage est aussi quelque chose qui excède l’individu, une compétence dont il peut se passer sans de conséquences importantes pour sa vie. Mais ce surplus n’est pas uniquement un trop-plein. La pousse peut être associée aussi bien au bourgeon qu’au bouton, un terme polysémique qui désigne aussi ce qui défigure les visages des adolescents. Ce visage « boutonné » de l’adolescent, détaché définitivement de l’enfance, se dresse vers l’avenir, c'est-à-dire vers la finitude et la mort : Un bouton pousse sur la bouche comme il pousse sur les arbres, ou sur les vêtements, ou sur les visages. Les adolescents ont raison de trouver laids les boutons qui les défigurent : ils sont en train de perdre la face

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