AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 41 jusqu’à la fin du temps. Ce sont les traces d’un avenir où la mort vient apporter le témoignage qu’elle a commencé à germiner, et qu’est apparue la terre où la sexualité se fait thanatique, c’est-à-dire génitale, jaillissante avant de défaillir dans une apparence de mort. (Quignard 1993, 13-14). Ce surplus qui pousse sur la langue c’est un nom et l’écrivain lui-même se définit par l’excès : « l’écrivain se définit d’ailleurs simplement par ce stupor dans la langue, qui conduit au surplus la plupart d’entre eux ». (Quignard 1993, 10) Mais ce qui est sur le bout de la langue c’est aussi ce qui boute, qui se heurte sans cesse aux mots, qui pousse le langage à la limite car : La main qui écrit est plutôt une main qui fouille le langage qui manque, qui tâtonne vers le langage survivant, qui se crispe, s’énerve, qui du bout de doigts mendie. "Bout", "debout" sont des mots récents tirés de la langue qu’employaient les guerriers francs aux temps où ils envahirent la Gaule. "Bautan" c’est bouter, c’est pousser. (Quignard 1993, 13) Finalement, le nom sur le bout de la langue c’est l’absence, le mot avant de franchir le seuil de la prononciation, qui se tient dans l’au-delà intangible. Devant ce mot qui fuit pareil à un bloc de glace qui fond et qui échappe au couteau qui le vise dans l’intention de le découper, l’individu crispe tous ses muscles, mendie la présence du vocable, l’écrivain reste interdit dans sa quête intérieure : Comme ce couteau suspendu devant un bloc de glace qui le fuit, celui qui écrit est un homme au regard arrêté, au corps figé, les mains tendues en suppliant vers des mots qui le fuient. Tous les noms se tiennent sur le bout de la langue. L’art est de savoir les convoquer quand il faut et pour une cause qui en revifie les corps minuscules et noirs. L’oreille, l’œil et les doigts attendent en rond, comme une bouche. (Quignard 1993, 12-13) Pour rendre plus visible l’effet que le nom sur le bout de la langue exerce sur l’individu et pour justifier, à travers le nom qui fait défaut, cette théorie qui rend toute parole incomplète, Pascal Quignard procède en deux étapes. Premièrement, il réitère un ancien conte qui date du Moyen-Age et dont le point central est l’impossibilité de se souvenir le nom d’un seigneur – un récit qui semble respecter les règles du conte traditionnel telles qu’elles ont été définies par Vladimir Propp. Deuxièmement, il procède à une analyse de
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