AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 44 Le nom perdu illustre métaphoriquement le rapport qu’entretient l’homme au langage. La langue nous a permis de donner un nom aussi bien aux objets qui se trouvent devant nous (de les soustraire de l’ensemble pour les regarder, grâce au langage, dans leur unicité) qu’aux choses qui n’ont pas une apparence ou, du moins, dont on ne connaît pas l’apparence. Tant que nous couvrons l’inconnu d’un nom ou tant que nous pouvons prononcer le nom de l’inconnu (Heidebic de Hel – le Hel – l’Enfer) nous ne l’expérimentons pas, nous nous en tenons à l’écart (nous continuons à vivre). Mais lorsque le mot ne peut plus être prononcé, ce que le vocable caché fait immersion. L’être est accablé par l’absence de mot et lui-même il est gagné par l’absence. 2. Analyse du Traité sur Méduse Dans le conte, le monde où Colbrune plonge si elle ne parvient pas à prononcer le nom requis s’appelle l’enfer. Dans le traité, l’enfer porte le nom de catastrophe, implosion du plaisir , explosion de l’agressivité (Quignard, 1993 : 77), foyer rayonnant (Quignard, 1993 : 76), l’avidité de la vie (Quignard, 1993 : 106), réel (Quignard, 1993 : 76). Pareil aux scènes qu’on retrouve peintes dans les églises, l’enfer dans lequel se trouve l’individu dans la recherche du mot juste fait physiquement mal : On fixe quelque chose qu’on n’arrive pas à fixer. On pense sans cesse à un thème qu’on n’arrive pas à envisager. On se retrouve dans un état vis-à-vis duquel les mots n’arrivent pas à se pourvoir de sens. L’identité personnelle se construit comme une marée de combats contre ce blanc. C’est un saut contre cette limite. C’est un bond sans cesse renouvelé au fond de soi-même contre ce qui fait faux bond. L’identité personnelle n’est qu’un nom avantageux pour dire ce faisceau de luttes contre la catastrophe, contre le débâcle, contre l’implosion du plaisir, contre l’explosion de l’agressivité, contre le bon "heur". Sans cesse un au-delà intangible nous attire à lui à l’intérieur du langage comme un vase communicant. Il ne peut être atteint par le langage. C’est ce dont la parole veut parler qui se tient sans cesse sur les lèvres mais, n’appartient pas à la parole, se dérobe à son attraction. (Quignard 1993, 77) Pascal Quignard en fait la connaissance non pas à travers la figure de l’épouse, mais par l’intermédiaire d’une image de son enfance – celle de la mère défigurée par la recherche du mot qui refuse de voir le jour. Cette

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