AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 52 toutes les affirmations contenues dans cette citation ne peuvent être appliquées à une œuvre considérée à travers le concept d’attente. Cependant, on pourrait retenir la liaison entre la répétition et le temps, qui serait expression de l’insistance sur un état, sur son caractère duratif ou bien sur l’aspect intentionnel au niveau diégétique. En même temps, la répétition serait aussi l’expression de l’angoisse car, chez Sylvie Germain au moins, elle n’a pas toujours « partie liée » avec le plaisir. Cela dit, elle peut, en effet, émousser la temporalité, afin d’établir une atmosphère d’extase ou bien de rêverie – insensée ou non –, mais elle peut aussi le contraire, car répéter inlassablement est un moyen de révéler la tension dans l’instant. Toutes ces valeurs et bien d’autres sont plus évidentes lorsque l’usage de la répétition est envisagé à partir des multiples manières dont l’attente est vécue et ressentie par les personnages ou bien de celles dont elle traduit l’espace. La répétition est un moyen privilégié pour rendre l’acharnement inutile de ces personnages qui, sous l’emprise de la « folie de l’attente », vivent à contretemps, dans l’espoir de revoir le corps de désir qui n’est plus. De tous ces personnages 1 , Ambroise Mauperthuis semble être le mieux construit et le plus constant dans son attente-folie. En fait, elle s’insinue en son âme brutalement, à l’instant où il contemple le corps inerte de Catherine Corvol poignardée par son mari. L’expérience extatique lors de laquelle il reçoit ce coup de foudre insensé sera évoqué à maintes reprises pendant toute son existence désormais mise au service du guet : il attend que le beau visage de Catherine, auparavant inconnu, resurgisse dans les traits de sa petite-fille qui, en effet, lui ressemble énormément. Pourtant, avant même la naissance de Camille, cet amour à rebours ne se déploie pas avec moins de violence. Les répétitions sont nombreuses qui soulignent la folie faisant corps avec les corps même d’Ambroise Mauperthuis – dont le prénom et le contexte ne sont pas sans évoquer Ambrosio du célèbre roman gothique The Monk de _____________ 1 On pourrait y ajouter Margot Péniel dans le cas de laquelle c’est le blanc et la blancheur qui sont évoqués à plusieurs reprises pour suggérer et la folie amoureuse (le syntagme est utilisé par Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup) et la folie d’après le mariage raté. Par ailleurs, l’échec amoureux est lui aussi anticipé, de manière très fine mais point trop transparente par la comparaison que Margot fait d’elle avec sa mère et Blanche qui, mortes, lui avaient fait penser à des poupées (le mot est utilisé deux fois par Margot se désignant elle-même). Qui plus est, le mot « folie » non plus ne semble pas utilisé au hasard : la folie amoureuse non-consommée la consumera pourtant pendant treize longues années à travers la réitération permanente du jour des noces manquées.

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