AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 54 était de mort autant que de vie. Il léchait le sang de la beauté et du désir. Il léchait le sang de la colère. Il enfouissait sa tête au creux de son épaule, ses mains dans ses cheveux. Des cheveux blonds qui gardaient encore la chaleur et l’odeur de la vie. Il embrassait ses tempes, ses paupières, il mordillait ses lèvres entrouvertes. ( JC , 51) Dans son ivresse, Mauperthuis fait aussi un rêve de possession qui rapproche la lettre « C », initiale du prénom de son « amante », du pronom personnel le désignant lors de son empressement nécrophile. « C » et « il » se font écho dans la folie d’Ambroise en train de se muer en « attente possédée » : C comme Corvol, C comme Catherine, C comme colère et chagrin. C, le cœur de Catherine Corvol battait à la volée dans l’eau, battait une ultime et prodigieuse fois contre le torse d’un homme. Car Ambroise Mauperthuis sentait contre sa poitrine battre le cœur de la femme, il sentait les coups lancés par ce cœur jusque dedans son propre cœur. Ce fut à cette minute que la folie fit effraction dans le cœur d’Ambroise Mauperthuis. Il venait d’être empoigné par la folie, – pour n’avoir pu être l’amant de cette femme pourtant offerte à lui. ( JC , 50-51) Cette frénésie érotique ne reste pas sans suite : le corps ainsi connu de Catherine ne connaîtra pas le destin de tout être disparu, c’est-à-dire celui d’être partiellement oublié. Pour Ambroise Mauperthuis, le souvenir du corps inerte est un souvenir vivant et surtout, on peut le déduire, très concret. D’ailleurs, il se targue en son for intérieur d’être le possesseur de quelques secrets troublants : il est « le seul à connaître le lieu où reposait Catherine » et « le seul à connaître le goût du sang de Catherine » ( JC , 52- 53). Ensuite il est « le dernier à avoir posé sa tête contre la gorge de Catherine » et toujours « le dernier à avoir caressé ses cheveux et respiré l’odeur de sa peau » ( JC , 53). Peu importe qu’il tombe à son insu « éperdument amoureux » d’une « image » (le mot est employé trois fois dans autant de lignes, faisant ainsi écho à l’état auquel sera réduite Camille une fois séquestrée par son grand-père) : « D’avoir vu la beauté de Catherine jetée bas sur les berges de l’Yonne comme un masque de déesse païenne, il en avait gardé pour toujours le désir de la voir, la voir et la revoir encore, jusqu’à l’ivresse » ( JC , 75). C’est pourquoi, en mariant son fils à Claude Corvol et en dépouillant Vincent Corvol de sa descendance, il s’approprie les deux êtres nés du corps même de Catherine. Le lien qui l’unit maintenant à la famille Corvol est à ses yeux un lien de chair et de sang, « un lien comme une greffe pour s’enter sur Catherine. » ( JC , 75). Et
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