AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 55 Camille de devenir malgré elle la promesse de ce corps tant désiré, de cet être tant attendu, de cette beauté tant convoitée pour un recommencement à ses côtés. L’attente devient ainsi leitmotiv, sa folie est scandée comme à l’infini par un grand-père devenu « amant fou de jalousie » : Camille lui suffisait. À travers elle Catherine lui revenait. Lui revenait enfant pour recommencer à zéro, jour après jour, le mûrissement de sa beauté. Car c’était bien la même beauté qui se promettait chez l’enfant. Camille, c’était le retour de la beauté prodigue. Avec elle la beauté, le désir refaisaient entrée sur la terre. Et cette beauté arrachée à la mort, à l’oubli, allait grandir chez lui, dans sa maison, à l’orée des forêts. ( JC , 83) Finalement, ce sera la folie seule qui se déclinera sous la forme unique de sa « chanson ritournelle » « Nous n’irons plus au bois ». Dans d’autres contextes, la répétition a comme un caractère incantatoire. Si dans le cas d’Ambroise Mauperthuis elle traduisait l’obsession, la folie, donc la vie en dehors de soi en quelque sorte, mise au service de la lente récupération identitaire, elle fonctionne comme catalyseur de l’anamnèse. Bâtée de la mémoire de sa mère qu’elle abhorre à cause de la réputation de coureuse d’hommes, Claude Corvol est dès le début meurtrie dans son identité. Vivant à côté d’un père qui n’est plus lui-même après le crime, elle ne trouve nulle part l’appui qu’elle semble de toute façon trop fière pour demander. Elle cultive une révolte tenace contre elle-même en tant que la fille de Catherine tout en ne pouvant pas se fier au nom que lui a donné le père. Qui plus est, le mariage à contre cœur avec Marceau, la grossesse – et bientôt sa propre fille – qui la dégoûte, sont autant de blessures identitaires. Elle est donc ce personnage qui, ayant fait, comme dirait Cioran, un bond hors de soi, ne sait plus où aller, où courir et reste cloué sur place à s’attendre. Cependant, avec la mort du père, une issue se profile à cette attente identitaire : elle prend la résolution de regagner la demeure paternelle où elle peut enfin vivre seule, mais en maîtresse d’elle-même. Avant l’enterrement, la contemplation de la lettre C gravée sur le cercueil devient prétexte pour la lente récupération de soi en tant que fille Corvol. Cette récupération du passé se réalise graduellement par le retour en vagues des souvenirs. La répétition devient ainsi chant, incantation : Claude reprenait lentement possession de son nom, elle se souvenait qu’elle était née Corvol. » ( JC , 150). […] « Claude tenacement reprenait possession de son nom. Là, face au cercueil de son père, face

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