AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 57 c’est désirer le bonheur et cela explique la rêverie autour de la « joie » devenue enfin concrète, à portée de main : « Sa joie avait la plénitude, la douceur, l’odeur et le goût d’un fruit mûr. Sa joie avait la rondeur de la terre, la rondeur du jour cerclé par le cours du soleil, la rondeur du corps caressé dans l’amour. Sa joie voulait l’éternité. » ( JC , 218). C’est toujours ici que l’on pourrait inclure une situation où un personnage se trouve en quête d’un mirage identitaire, engagé dans une attente qui ne mène nulle part. C’est bien le cas de Franz-Georg Dunkeltal, puis Franz Keller, puis Adam Schmalker et finalement Magnus qui, dans le roman éponyme, marche sur les pas du père – adoptif – afin d’avoir des réponses concernant son identité jamais établie, toujours renouvelée et enfin acceptée sous la forme d’un nom d’ours en peluche 3 . L’image du père – médecin nazi condamné par contumace, et en cavale pour le Mexique où il s’engloutit – le hante à tel point qu’il se met à apprendre l’espagnol afin de « dominer le fantôme de cet assassin dont les crimes demeurent à jamais impunis, et la répugnante séduction toujours active en lui » ( M , 65). Qui plus est, il se lance à l’aveuglette à la recherche de ce père suicidé qui, n’étant même pas le sien, lui avait légué un nom couvert de honte. C’est que ce fils « mystifié, abandonné, et surtout insupportablement souillé par cette filiation » ( M , 65) veut bâtir un tombeau autour du corps du suicidé, un tombeau où l’assigner à jamais. Il s’agit surtout de tuer un nom, afin de recommencer à zéro, bien que ce « zéro » reste un point de départ inconnu. Ce n’est pas par hasard qu’Adam veuille dominer un « fantôme ». En fait, la reconquête d’une identité quelconque après en avoir fini avec le nom du père est le but vain d’une attente implicitement inutile. C’est pourquoi, plongé corps et âme dans le livre de Juan Rulfo, il s’identifie justement à Juan Preciado dans les pas duquel il se met à marcher, en le prenant pour « guide dans les décombres de la mémoire, dans le labyrinthe de l’oubli. » ( M , 83). Malheureusement, c’est depuis toujours qu’il chasse un spectre, et c’est précisément ce que l’utilisation abondante de la répétition du pronom « il » souligne : Il marche dans les pas de Juan Preciado, mais celui-ci est talonné par une cohorte de fantômes réduits à des échos, et ces fantômes vocaux résonnent dans sa tête. » ( M , 83). Il arpente une terre inconnue, il pourchasse un fantôme – mais de qui, celui de Pedro Páramo, de _____________ 3 Sylvie Germain, Magnus , Paris, Gallimard folio , 2007. C’est à cette édition que renverront désormais les références in-texte, le chiffre de la page étant précédé du sigle M .
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