AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 58 Felipe Gómez Herrera, de Clemens Dunkeltal, de Thea, de lui-même ? Il ne sait plus. De toute façon, le fantôme le fuit. Il chemine vers Comala, vers nulle part, vers lui-même. Il avance à pas zigzagants, forcenés. Il est un pèlerin de colère venu tordre le cou au spectre paternel, et aussi à l’enfant niais qu’il fut et qui aimait ce père. Mais le fantôme se dérobe sans cesse, il le nargue, l’épuise, et sa colère s’acère et s’épure à mesure. ( M , 85) Dans les deux premiers cas exposés, l’usage de la répétition relevait d’une dimension quasi-thérapeutique. Cette valeur est mise à l’épreuve plus d’une fois et d’une manière plus évidente dans d’autres situations régies surtout par l’angoisse de l’attente. Il s’agirait principalement d’un moyen de défense employé soit dans le but de se donner du courage en attendant un changement de situation – le cas de Camille – soit, dans une même situation de crise, afin de se ménager inconsciemment une échappatoire vers le passé comme temps de l’inexistence de cette situation – le cas d’Augustin Péniel. La séquestration de Camille par son grand-père est une mise en veille de son désir amoureux et une activation de l’état de guet pour le retour de l’objet de ce désir, Simon-l’Emporté. Glisser dans l’attente a pourtant un double tranchant : d’un côté, il s’agit d’espérer, mais de l’autre il est question de préserver sa propre lucidité. Ayant compris son statut d’image 4 , de spectre du désir pour Ambroise Mauperthuis, Camille doit éviter de se laisser piéger par la folie du vieux, autrement dit d’y sombrer à son tour malgré elle. Dans ce cas, attendre est donc un moyen de rester en vie et de préserver son esprit intact. Le seul moyen à sa disposition – et en cela elle rappelle Laudes-Marie Neigedaoût – est de se laisser imprégner de couleurs vives par le rêve, sorte de rêver-vrai de douce folie, à la différence de celui pratiqué par Aloïse Daubigné dans L’Enfant Méduse 5 . Cependant, ce n’est pas toute une palette de couleurs qui est utilisée dans le fragment décrivant cet exercice onirique ; sa préférence va uniquement au jaune. Le mot est employé tant de fois que l’impression laissée par la répétition est celle d’un pinceau imprimant les différentes nuances de la couleur en couches superposées dont le seul but est de masquer le noir de la mort à _____________ 4 « Elle était morte bien avant que d’être née. Le vieux le lui avait dit. Elle n’était qu’une image, juste une image. Une image punaisée dans la folie du vieux. Une image arrachée à la mort que le vieux viendrait désormais lorgner matin et soir par le trou du judas. » ( JC , 260). 5 Sylvie Germain, L’Enfant Méduse , Paris, Gallimard folio , 2003. C’est à cette édition que renverront désormais les références in-texte, le chiffre de la page étant précédé du sigle EM .
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