AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 59 soi-même. Le jeu itératif est d’autant plus intéressant que les mots « jaune » et « image » se contrebalancent : « image » est utilisé dix fois, de manière éparpillée, comme pour suggérer la menace d’éclatement de la pensée, tandis que, dans un long segment textuel, « jaune » apparaît autant de fois aussi, plus une onzième fois, ce qui pourrait constituer une anticipation du sauvetage : Jaune, – jaune lumineux des saxifrages crevant les pierres, jaune soleil comme cet étincelant midi de 15 août où les frères avaient chanté, jaune cuivre comme la trompette dont jouait Simon, jaune safran comme le son du cuivre, comme le souffle de Simon, jaune paille comme les cheveux des frères du Matin, jaune acidulé comme le carillon de Louison-la-Cloche, jaune d’or comme les abeilles de Blaise- le-Laid, jaune d’ambre comme les yeux de Simon. Jaune à l’infini. ( JC , 261) À la différence de Jours de colère , dans L’Enfant Méduse , il n’y a pas d’échappatoire possible à l’attente angoissée. Prisonnière de la peur, séquestrée par la terreur dans sa propre chambre aux fenêtres grandes ouvertes, Lucie Daubigné n’a pas le luxe de Camille pour la simple raison que son bourreau s’est déjà emparé de son corps et de son âme. Pendant la nuit, l’angoisse est donc invariablement toujours à son acmé. On a déjà montré comment le chromatique et l’auditif fonctionnaient pour suggérer la souffrance. Pour ce qui est de l’auditif, Lucie est toujours aux aguets pendant la nuit car l’approche de l’ogre est imprévisible. Si l’utilisation du nom générique « bruit » relève en particulier de cet effort de traduire l’incertitude, son utilisation répétée témoigne d’une volonté de montrer que, malgré cette incertitude, le viol est inévitable et que, par conséquent, cela ne fait qu’augmenter l’angoisse. Car le mot « bruit », aussi vague soit-il, n’apparaît pas au hasard ou bien, si hasard il y a, il fait partie de ceux qui se multiplient. Au début, on apprend que Lucie se couche chaque soir « avec la peur au ventre et la colère au cœur » ( EM , 103). Le « moindre bruit » la réveille et dirige son attention vers la fenêtre par où l’Ogre pénètre toujours dans sa chambre. Après cette introduction, on est plongé au cœur d’une de ces nuits où l’inévitable se produit : Lucie est réveillée depuis « un long moment » après avoir été arrachée au sommeil « sans profondeur » par « un bruit ». Cette fois-ci, pourtant, il s’agit du bruit tant redouté, « un bruit qu’elle connaît jusqu’au vertige ». On a utilisé jusqu’ici l’article indéfini, mais après l’identification auditive, cela change : Lucie a bien reconnu « le bruit, le bruit furtif et trébuchant des pas du loup » ( EM , 107). Cependant,
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