AGAPES FRANCOPHONES 2009
AGAPES FRANCOPHONES 2009 60 quelque chose est différent : l’inévitable ne se produit pas et le temps passe. Il y a un second bruit – de nouveau indéfini – « plus sourd. Celui d’un corps qui s’affaisse contre la terre. Mais la terre du potager est meuble, les bruits s’étouffent contre elle. » ( EM , 107). En effet, après cela, plus rien ne se fait entendre. « Aucun bruit ». Le bruit redouté, on peut le comprendre, avait toujours été celui des pas du l’Ogre se dirigeant vers sa proie. Ainsi, une fois l’ennemi vulnérable, la première tentation de Lucie – passant tout au crible de sa conscience d’enfant, comme on l’a déjà souligné – est de lui dérober les pas, autant de menaces accomplies mais aussi potentielles. Le pas comme ancienne terreur sonore devient obsession vengeresse première et, en même temps, première tentation de défoulement, ce qui explique les récurrences concentrées : Pas ses chaussures, – mais ses pas ! Voilà ce qu’elle va lui voler. Ses pas de loup furtif qui ont tant et tant de fois rôdé à la pointe du jour, ses pas d’ogre aux yeux de lune froide, ses pas de voleur enjambant sa fenêtre, ses pas d’homme nu foulant le plancher de sa chambre. Foulant ses draps, son corps, et son cœur à la fois. Ses pas d’assassin suivant les petites filles à la tombée du jour le long des chemins de campagne pour resserrer ses mains autour de leurs cous. Ses pas, ses pas qui depuis une nuit de septembre, près de trois ans auparavant, n’ont plus cessé de résonner dans son cœur, dans sa peur, – et sa haine. Ses pas qui ont semé tant d’effroi dans ses jours et ses nuits. Ses pas qui ont creusé sa solitude. Ces pas-là, elle va les immobiliser, les faire taire à jamais. ( EM , 109-110) Si, dans l’extrait précédent, la répétition est la marque de l’espoir que procure la vengeance et du désir d’en finir avec l’autre-ennemi, il est des situations où le même procédé est employé pour traduire le désir obscur de l’anéantissement de soi. La répétition peut en effet accompagner la réflexion autour de la mort comme fin attendue, désirée ou anticipée. Que la pensée de la mort angoisse, laisse indifférent ou apaise, voire fascine, ce sont autant de possibilités de pratique itérative pour circonscrire le sujet et la position du personnage face à la mort. Loin de l’angoisser, la mort fascine plutôt Marceau, le cadet d’Ambroise Mauperthuis dans Jours de colère . La pensée de la mort ne fait pas l’objet d’une longue attente, comme dans le cas de Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup dans les deux premiers livres écrits par Sylvie Germain, mais elle s’impose d’un coup, comme solution à l’effacement identitaire dans lequel avait vécu ce fils grandi toujours dans l’ombre du père. Présent à l’enterrement de son beau-père, cet inconnu qu’il
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