AGAPES FRANCOPHONES 2009

AGAPES FRANCOPHONES 2009 62 tenir leur promesse : la mort, loin d’être redoutée, les fascine comme le Führer les avait autrefois fascinés. Ainsi, « ils n’avaient si longtemps marché, tué et lutté, et défié le froid, le feu, la fatigue, que pour atteindre ce lieu, cette heure. Pour s’en venir mourir ici, parmi les ruines fantastiques de la grande ville […] » ( LN , 318). La partie du texte consacrée à cet ultime effort tourne autour de ce but qu’est leur propre mort (la preuve réside dans la fréquence avec laquelle apparaît la préposition « pour »). Le propre de cet épisode est l’articulation en finale du… silence 8 . En effet, on a l’impression de voir les choses se précipiter vers leur fin, dans un crescendo de la fascination thanathique marqué par l’usage habile de la répétition : Les deux Obergrenadiere Péniel couraient de barricade en barricade, de porche en porche, de toit en toit, sans plus prendre le temps de s’arrêter pour dormir, boire ou manger. Ils n’avaient plus de temps que pour tirer, tirer sans cesse, abattre et incendier. La fin de leur grand rêve de gloire et de triomphe approchait, aussi leur fallait-il précipiter le rythme des dernières images, intensifier le rêve, le faire flamboyer, crépiter, éclater. Déjà ils n’étaient même plus des soldats mais des francs-tireurs ivres de lutte et de feu, jouant à détruire. Car il leur fallait détruire, détruire encore, détruire sans fin, comme un sculpteur frappe la pierre et la brise pour en exhausser une forme encore inconnue, une force magique. Il leur fallait détruire, vite, afin d’exhausser d’entre les murs de la Ville, d’entre le ciel terreux, d’entre ces ultimes heures de leur jeunesse et de leur combat, – la forme pure, la force brute, de leur amour. ( LN , 319) Mis à part la répétition des pronoms ou des noms communs, il existe aussi une situation – que l’on a déjà évoquée sans pourtant insister là-dessus – où ce procédé privilégie l’initiale d’un nom de personne, le nom lui-même ou bien d’autres noms propres. Les valeurs de cet emploi itératif sont nombreuses. Parfois, la passion pour les noms propres semble relever chez Sylvie Germain d’une passion pour le sensoriel. Dans Le Livre des Nuits , Augustin Péniel prend très tôt le goût de la lecture, les livres étant appréciés et du côté concret des sensations que produisent le toucher ou l’odorat et de celui du contenu qui prédispose à la rêverie. Par amour pour le texte du Tour de France par deux enfants , il apprend par cœur une partie de la géographie du pays relative aux méandres des fleuves. Ainsi il « connaissait _____________ 8 Le silence, la transparence et la blancheur – signes de la mort proche des frères Péniel – reviennent de manière obsédante avant la scène finale de leur enterrement sous les décombres.

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