AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 103 DORRA. Mais parfois ils exagèrent quand même, à vrai dire ils exagèrent tout le temps, ils n’ont pas de limites, les Serbes, c’est des nationalistes pur sang, c’est des vrais fous, ils ne pensent qu’à leur empire perdu au XIV e siècle, à leur Etienne Douchan, d’ailleurs depuis ils n’ont plus fait grand- chose, des éleveurs de porcs, quoi, qui rêvent maintenant d’une Grande Serbie, moi, les Serbes, j’en ai ras casquette, d’ailleurs mon ex-femme qui était serbe m’a quitté pour un putain de Serbe, pour un putain de bon à rien de sa race. (SFC, 83-84) Les observations de Vi ş niec sont fondées sur les représentations sociales contemporaines de chaque ethnie des Balkans. Il renforce, par exemple – par l’intermédiaire de son personnage Dorra – la croyance que les « Tsiganes c’est sympa, ça vient de loin, ils ont à la fois quelque chose de mystérieux et de gai », mais « ils sont quand même tous des voleurs, il faut se méfier, ils volent des chevaux, des moutons, des poules, des enfants, vraiment trop c’est trop. » (SFC, 81) Il n’hésite pourtant à présenter aussi les stéréotypes visant les Roumains et à ironiser son propre peuple, critiquant l’image qui s’en est créée en Europe. On aime bien les Roumains, « le seul peuple latin dans la région », parce qu’ils ont « le petit Paris », et « c’est fou quel succès ont maintenant les putes roumaines en Turquie », mais « ils sont un peu trop fatalistes, quand même, et de vraies girouettes, toujours du côté des vainqueurs. » (SFC, 86) Le mais balkanique devient un mais global. On aime son semblable partout dans le monde, mais , il y a des réserves et des contraintes de cet amour-ci. C’est le cas du « mais balkanique à l’américaine ». Si les gens des Balkans ont leurs voisins musulmans, serbes, roumains, grecs, juifs, tsiganes qu’ils aiment, mais auxquels ils n’hésitent pas de reprocher certaines choses, les transformant en facteurs déterminants de leurs propre régression, en boucs émissaires, Les États-Unis ont eux aussi ce « black problem » invoquée par Kate. Cette femme psychologue reprend le rôle de Dorra dans le processus d’identification des stéréotypes des ethnies et des races de son pays. KATE. Les Noirs, c’est sympa les Noirs, j’aime bien les Noirs, c’est fou comme la musique coule dans leurs veines, les Noirs, ils ont inventé le blues, les Noirs, ils ont inventé le gospel song, ils sont de merveilleux boxeurs, les Noirs… DORRA. J’aime bien les Noirs… KATE. Mais… DORRA. Mais… KATE. Mais… DORRA. Mais… KATE. Mais le problème c’est…qu’il y a a black problem .

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