AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 109 « exceptionnelle dans [son] œuvre » (Koopman-Thurlings 2007, 223), notre auteur choisit de faire raconter l’histoire par une protagoniste, sous forme d’autobiographie suivant les épisodes les plus importants de sa vie accompagnés d’une réflexion constante par rapport à cet abandon et au manque de repères identitaires. Malgré ce filon narratif mettant en scène la femme sans généalogie, condamnée à vivre de manière séquentielle, ballottée au gré des rencontres et qui, à côté de son identité, met sa féminité en question, Sylvie Germain ne semble pas concernée par le féminisme : écrire lui est nécessité vitale et non désir de faire la preuve d’un pareil engagement. Interrogée par rapport à sa perception de soi en tant que femme-écrivain, elle avoue ne pas trop s’en soucier : Lorsque j’écris, je ne me pose pas du tout la question, je ne me pense pas comme une femme de tel âge, de tel milieu social, de tel pays. Bien sûr, j’écris avec ce que je suis et ce d’où je viens, et avec le langage que l’on m’a légué, appris. Mais ce qui m’intéresse dans l’écriture, c’est la possibilité de se démultiplier, de mettre en scène aussi bien un enfant, un homme ou une femme d’âges divers, des vieillards, et aussi des gens de caractères différents. Notre corps, sous son apparente unité, est pluriel, comme ces poupées russes renfermant toute une série d’autres poupées de taille décroissante. (Magill ; Germain 1999, 338) En échange, elle est parfois « associée à “l’écriture féminine” à cause de son processus d’écriture intuitif et de sa façon d’aborder la procréation et la sexualité, mais aussi les violences sexuelles. » (Roussos 2007, 13) Ce régime narratif homodiégétique, autodiégétique – abandonné dans Magnus , sorte de double romanesque masculin – réussit une approche très personnelle de la parenté refusée et des enjeux psychiques qui se développent par la suite chez le personnage. Si Magnus se distingue par un côté « polar », le personnage éponyme étant engagé dans la recherche à la fois de soi-même et du secret entourant son père adoptif, Chanson des mal-aimants s’articule exclusivement autour du drame de l’inconsistance existentielle qui taraude la protagoniste. Ce drame, loin d’être vécu passivement, c’est-à- dire par le biais de l’oubli volontaire, se développe sous forme de questionnement inlassable adressé aux géniteurs – et tout particulièrement à la mère, à la différence de Magnus – non pas d’ « outre-tombe » mais d’outre-naissance . L’enjeu du récit est la réponse attendue en permanence à la question « Qui suis-je, vu que mes parents m’ont abandonnée ? » Le féminin n’est pas arbitraire ; comme on l’a déjà remarqué, sans pourtant insister là-dessus, « la vie de Laudes est une vie d’errance, celle d’une femme en quête d’elle-même. » (Godard 2006, 14) Ce parcours va de la solitude initiale enquêtée à la solitude finale acceptée, en passant par le désir d’avoir une explication pour cet état des faits et, parfois, par l’espoir secret que le temps va faire marche arrière et gommer l’instant initial de

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