AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 111 qu’avait dû subir « le bougre » ayant trouvé dans un « berceau-cageot » d’improvisation un « nouveau-né fantomatique » ( CMA , 15) ou lors d’un état de profonde détresse, d’avoir « une gueule de spectre. » 4 ( CMA , 45) Et le fantôme d’être une entité privée de corps à quoi s’ajoute un détail inséré plus loin dans l’histoire mais qui prête à l’interprétation : face à l’océan, ce grand inconnu, Laudes fait l’exercice de son incomplétude existentielle : Si en montagne je mesurais ma petitesse, mais avec un sentiment de sérénité, au bord de l’océan je mesurais ma vanité, mon peu de consistance, avec une angoisse confuse. Je n’étais qu’un fétu de chair égaré sur le sable, d’aussi nulle importance que les algues, les bouts de bois, les fragments de coquillages et autres débris rejetés par la mer. ( CMA , 138) Ne serait-il pas utilisé délibérément, le mot « fétu », si facile à rapprocher du mot « fœtus » dont seule une consonne le sépare ? Quoi de plus métaphoriquement incomplet que cet homuncule délesté de tout attribut surnaturel autrefois prêté par les alchimistes pour n’être qu’un corps partiellement accompli, car non-enfanté ? Ce rapprochement trouve son écho plus loin dans l’histoire, avec l’épisode de la fausse couche. Tombée enceinte à la suite de sa relation avec Martin, Laudes-Marie se voit obligée d’instaurer « tribunal à huis clos » ( CMA , 129) pour décider du sort de sa grossesse inattendue. Le fait de trancher en faveur de la vie de l’enfant, « si calamiteuse s’annonçât la venue de l’intrus » ( CMA , 131), s’explique par le refus de réitérer la faute de sa mère et, en même temps, par un désir de réparation de l’abandon initial. La féminité assumant son devoir maternel ouvre ainsi la voie à une réparation identitaire indirecte. Malheureusement, cet épisode non plus n’aura droit à un développement positif : l’enfant opte « pour les limbes » ( CMA , 131) et, une fois expulsé du corps maternel, est enterré « en bordure d’un bois » sans que Laudes sache si c’était une fille ou bien un garçon. « Pergame », le nom qu’elle choisit pour cet « enfant-météore », convenant aux deux sexes, est un symbole de filiation interrompue et d’identité fourvoyée de nouveau. Il fait aussi allusion à la « réécriture » d’une faute : « Nous retrouvons ici sous une forme élémentaire le thème du mal transgénérationnel : pas plus que sa mère n’a su la garder, elle ne peut conserver son propre enfant. » (Koopman-Thurlings 2007, 231). Qui plus est, l’endroit choisi pour l’enterrement n’est pas dépourvu d’importance, puisqu’il souligne une fois de plus la marginalité du Moi. En ce qui concerne Laudes, cet avortement spontané ne fait que lacérer sa féminité d’autant qu’il marque sa stérilité définitive. 4 « Spectre » est l’un des sobriquets que les enfants emploient pour se moquer de Laudes (voir plus bas).
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