AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 138 des hiéroglyphes éminemment faux ! Ces derniers sont par conséquent rigoureusement incompréhensibles. Entre-temps, Mariette s’est installé dans un petit appartement, et le 27 mai 1845, il prend huit jours de congé pour se marier, ce qui, à l’époque, comme aujourd’hui, était considéré comme « un peu long ». Mariette déborde littéralement d’énergie : il est également membre du Comité local de l’Instruction primaire, secrétaire de la Société des Amis des arts et secrétaire-rédacteur de la société de l’Agriculture (première organisation locale à effectuer des fouilles archéologiques dans la région, vers 1825). Cela ne lui attire que des amis : l’opposition politique de la ville de Boulogne (Mariette n’écrit que pour des journaux favorables à la mairie, où travaille son père) prédit la disparition du collège et critique en particulier l’hyperactivité de l’un de ses professeurs. Et l’on suggère « d’éloigner ce jeune professeur, ou d’empêcher qu’il professe le dessin qui est incompatible en apparence avec la littérature » (Journal La Colonne 2 , cité par David 1994, 27) Il apparaît que le rédacteur de ce chiffon n’est autre qu’un candidat malheureux au même poste que Mariette et qu’il a déjà été condamné par les tribunaux pour calomnie. Le nouveau Principal du collège constate cependant que Mariette paraît fatigué d’une position qui n’est en rapport ni avec ses moyens ni avec ses goûts… Une lettre au ministère Le nouveau Principal, monsieur Halleu, en poste depuis 1846, avait vu juste : en mai de la même année Mariette écrira une lettre au Ministre de l’Instruction publique, dont est extrait le passage suivant : Je me livre depuis longtemps déjà à l’étude de l’antiquité, de l’histoire, de l’archéologie et en particulier de l’antiquité égyptienne… C’est une spécialité à laquelle je me suis voué par goût, et à laquelle je consacre ma vie. Je désire être à même d’y travailler le mieux et le plus longtemps par tous les moyens possibles et arriver ainsi, après de longs efforts, à me faire une position honorable et à doter la science de quelques faits nouveaux. Je sais que ce champ est vaste, trop vaste sans doute pour moi. Je ne le parcourrai pas en dix ans, en vingt ans, en trente ans peut-être… De tous côtés, en Égypte, il y a des monuments imparfaitement décrits, couverts d’inscriptions dont les dessins n’existent pas encore ; il y a mille statues, mille colonnes enfouies, jusqu’à la poitrine, jusqu’au chapiteau, dans le sable… Et puis ce n’est pas seulement l’Égypte qui est riche en si utiles monuments : il y a tout le pays au-delà de la première cataracte [chute d’eau] du Nil. (cité par David 1994, 29) 2 Le titre du journal fait allusion à la Colonne de la Grande Armée qui surplombe la ville de Boulogne-sur-Mer.
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