AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 139 Rappelons-le : cette lettre est purement intuitive, car Mariette n’est jamais allé en Égypte ! Peu de temps après, Mariette demande cependant une première mission en Égypte, qui lui sera refusée, car il n’est qu’un illustre inconnu. Les premiers pas d’égyptologue Mariette ne se décourage cependant pas : il fait paraître dans L’Annotateur du 18 mars 1847 ce que l’on peut considérer comme son premier article d’égyptologie : « Quelques mots sur la galerie égyptienne du Musée de Boulogne. » Comme il se rend compte qu’il ne pourra plus progresser à Boulogne, faute de documents, il se rend à Paris pendant les vacances de Pâques de l’année 1848. Au Louvre, il fait la connaissance d’Emmanuel de Rougé. Il revient aux grandes vacances, s’acharne et publie un nouvel article : « Sur le côté gauche de la salle des Ancêtres de Thoutmès III 3 et en particulier sur les deux dernières lignes de ce monument. » Il se trouve devant un dilemme : en tant que père de famille, peut-il abandonner la sécurité de son poste d’enseignant ? Il soumet ses travaux à Charles Lenormant, professeur d’archéologie au Collège de France, membre de l’Institut et compagnon de voyage de Champollion en Égypte. Le proviseur du Collège communal de Boulogne pressent le problème, et lui conseille de profiter de ses relations fraîchement acquises pour tenter d’obtenir un poste au Louvre. Il lui écrit : « Il est grand temps d’opter, si vous ne voulez pas vous tuer à la besogne. Ou renoncez à vos investigations savantes, ou renoncez au professorat qui veut qu’on se livre tout entier à lui. » (Lambert 1997, 31) Entre-temps, Lenormant a réagi d’une façon spectaculaire : tout en félicitant Mariette pour son travail (« C’est la première fois, en effet, que j’ai vu un homme, livré à des études isolées, marcher dans la bonne voie aussi vite et aussi bien. » (Lambert 1997, 31)), il demande à la ville de Boulogne de fournir à Mariette les moyens de poursuivre ses études à Paris. Comme les finances sont au plus bas à cause de la révolution de 1848, la ville refuse. Ce sera un heureux hasard qui donnera à Auguste Mariette le poste tant convoité d’auxiliaire à la Conservation des Antiquités égyptiennes du Louvre : le Directeur des Musées nationaux nommé par le gouvernement provisoire de 1848 est un Boulonnais, le peintre Jeanron. Mariette peut ainsi obtenir un « congé sans traitement ». Le Principal de son école se rend bien compte qu’il ne le reverra probablement pas. Le salaire est maigre, mais Mariette s’installe quand même à Paris avec sa femme et ses filles (il en a déjà trois). Il travaille souvent avec ses enfants 3 Amenée au Louvre par Émile Prisse d’Avennes, voir plus loin.
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