AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 141 Les monuments eux-mêmes ont été l’objet des convoitises occidentales dès l’Antiquité : des sphinx et des obélisques ont servi à embellir Rome et Byzance. Après la conquête musulmane, le pays devient peu accessible, et les rares pèlerins n’iront voir que les lieux bibliques : le Sinaï, les Pyramides (considérées comme les greniers utilisés par Joseph). Certains viennent visiter les lieux qu’a foulés Saint Louis lors de la septième croisade. Les voyageurs « scientifiques » ne recommencent à affluer que vers le dix- septième siècle. La curiosité pour l’Égypte va croissant, et l’on essaye de déchiffrer les hiéroglyphes. En 1741, on fonde l’ Egyptian society à Londres. Ce sera, comme nous l’avons déjà dit, Champollion qui trouvera la clé de cette écriture, grâce à la pierre bilingue (grec-égyptien) de Rosette. C’est à partir de l’expédition de Bonaparte que commence une nouvelle ère pour l’égyptologie, une ère qui n’est sans doute pas la plus belle : celle du pillage du pays par les Européens, Anglais et Français en tête. Des fouilleurs de toutes sortes se relayent en Égypte ; ils vendent leurs trouvailles au plus offrant ou les offrent aux grands musées nationaux (ce qui est plus rare !). Comme l’Égypte est en pleine croissance économique, on utilise les pierres des ruines pour construire des usines. Quelqu’un est même allé jusqu’à conseiller à Méhémet Ali de démonter une des pyramides de Guizèh afin d’utiliser les blocs pour construire un barrage sur le Nil. On transforme les momies en engrais, et en 1843, le neuvième pylône du temple de Karnak est dynamité dans le but de récupérer le salpêtre des blocs. Une expédition prussienne va procurer quinze mille antiquités au musée de Berlin. Or, lorsque le Français Émile Prisse d’Avennes (1807-1879) apprend que les Prussiens veulent s’emparer de la « Chambre des ancêtres » du temple de Karnak, il y va clandestinement, découpe la chambre et l’expédie en France. Elle se trouve aujourd’hui au musée du Louvre. À ce que l’on dit, il aurait invité les Prussiens à l’apéritif, et les a priés de s’asseoir sur les caisses qui contenaient la chapelle… Très lentement, le vice-roi se rend compte que cela ne peut durer, et les premières ordonnances visant à protéger les monuments voient le jour. Mariette en Égypte C’est dans cette ambiance que Mariette débarque pour sa toute première expédition en Égypte, qui se révélera être une de ses plus importantes. À cette époque, on se demande en effet si, un jour, l’on pourra retrouver le tombeau des taureaux sacrés Apis, enterrés dans le Sérapéum près de Memphis, sur le plateau de Sakkara. On vient effectivement de trouver quelques sphinx portant le nom de Sérapis (Sarapis est le successeur grec d’Apis, mélange de Zeus et du taureau sacré). Officiellement, Mariette part cependant à la recherche de manuscrits coptes. Dès son arrivée, il se rend
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