AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 17 Avant d’analyser le personnage principal de L’Appareil-photo , identifions quelques points communs avec les autres narrateurs. Dire des narrateurs de Toussaint qu’ils incarnent le statut de personnages principaux dans ses romans et que, pour la plupart, ils s’expriment à la première personne du singulier, est assez imprécis. Puisqu’ils sont les personnages de l’histoire qu’ils racontent, ils sont des narrateurs homodiégétiques, selon l’appellation de Genette. Le chercheur de La Salle de bain ainsi que le narrateur de L’Appareil-photo assument le rôle de narrateur intradiégétique, alors que dans Monsieur c’est le narrateur extradiégétique qui raconte le récit. Mais, qui sont les narrateurs de Jean-Philippe Toussaint ? Nous constatons que la plupart d’entre eux s’avèrent des héros anonymes, sans passé. Nous les connaissons à peine, d’habitude c’est l’identité qui leur manque ; si l’âge nous est révélé, il est placé sous le signe de l’incertitude, du doute, de l’approximation. L’histoire de ses personnages ne semble s’inscrire quelque part, comme si elle était indépendante de toutes les déterminations économiques, politiques et culturelles. Quels sont les loisirs des narrateurs toussaintiens ? Ils partagent la même passion pour les voyages (les narrateurs choisissent des destinations plus ou moins éloignées : Cannes, Venise, Chine ou Japon), les jeux (le narrateur de La Salle de bain joue aux fléchettes, celui de Monsieu r joue au billard), les cigarettes. Quant au narrateur de L’Appareil-photo , il intervient dans un jeu de mikado, est en déplacement à Milan et passe un week-end à Londres. Si le roman L’Appareil-photo n’offre pas d’indices sur l’âge du narrateur, cela n’étonne plus les lecteurs fidèles de Toussaint habitués à l’absence de détails concernant la personne et la personnalité du narrateur. Dès les premières lignes, l’écrivain préfère plonger son narrateur dans le mystère : « C’est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme, où d’ordinaire rien n’advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements. » (7) Dans le scénario de La Sévillane , le narrateur anonyme du roman est nommé tout simplement « le narrateur ». Dans le film homonyme, les autres personnages n’appellent jamais le narrateur par son nom, donc notre espoir de le découvrir n’est pas satisfait. Dans le roman, « Monsieur-le narrateur » a un chez soi qu’il évoque maintes fois, mais il est trop réticent pour nous faire entrer dans son appartement ou dans sa salle de bain. En plus, il est toujours en mouvement, en balade à Paris ou à Londres ou en cours de conduite. Si au début et à la fin du film, le narrateur de La Sévillane est assis dans une cabine téléphonique située dans un port, c’est parce que le scénariste veut seulement construire un espace du mouvement, de l’attente, de la quête exprimée par ce lieu. L’intention transparente du scénariste détruit l’hypothèse fausse que le narrateur serait un sans

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