AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 18 domicile fixe, hypothèse formulée à partir de deux observations : il n’est jamais chez lui et il ne téléphone pas de chez lui. Tout cela constitue l’autoportrait d’un narrateur discret, sensible qui ne veut ni divulguer des détails sur sa vie, ni rien savoir sur la vie des autres. À l’exception du narrateur, presque tous les personnages qui vont peupler le roman auront une identité, un nom et/ou un prénom. Si nous nous rapportons au film, nous observons que, pour ce qui est du (pré)nom et de la construction des personnages, il n’y a pas de différences entre L’Appareil-photo et La Sévillane . Prenons comme exemple le cas de Pascale : dans le récit littéraire, le narrateur souligne plusieurs fois que Pascale est une jeune femme ; dans le film, les images filmiques confirment les représentations faites lors de la lecture du texte littéraire. Nous ne pourrions continuer cette analyse du narrateur du roman et de son adaptation filmique, sans nous attarder sur quelques scènes où ce dernier serait l’élément focal du récit littéraire. Très désinvolte, comme tous les autres personnages de Toussaint d’ailleurs, il trouve bon de se raser dans la station-service jusqu’où ils avaient poussé la voiture qui était tombée en panne. C’est là que Toussaint, le romancier, accroche au mur un petit miroir pour que son narrateur puisse (se) rendre compte de ce qui se passe derrière lui. Dans l’angle supérieur du petit miroir dont je me servais, j’apercevais Pascale qui regardait par la vitre tandis que son père, sur le pliant en toile, s’était rapproché du bureau pour faire des commentaires désobligeants sur la partie de mikado, insistant à l’occasion avec un doigt courroucé pour que l’homme s’attaque plutôt à telle baguette qu’à telle autre . (62) Le narrateur se place en position de guetteur : il surveille les autres dans l’angle supérieur du miroir. Toutefois, il n’est pas le seul à entreprendre cette activité de voyeur ; simultanément, Pascale, la femme de l’auto-école, épie quelqu’un ou quelque chose à travers la vitre. Gilles Deleuze dans son ouvrage, Cinéma (I). L’image-mouvement , souligne que la présence du miroir, de la vitre implique le dédoublement du cadre et appelle ce procédé « mise en abyme cinématographique ». Toussaint réalise donc un double dédoublement du cadre : à travers le miroir ou bien à travers la vitre. Dans le film, le réalisateur belge pourrait présenter à son spectateur ces images dans une succession de cadres à deux et dans un cadre en amorce. Quand il enregistre l’évolution des autres personnages, le narrateur littéraire nous livre beaucoup d’informations visuelles. Ainsi comme l’appareil photo ou le cinéma muet qui n’enregistrent pas de discussions, le narrateur du roman se contente de remarquer seulement que le père de Pascale faisait « des commentaires désobligeants ». En continuant la lecture du fragment, nous observons le narrateur balayant du
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