AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 20 argenté coincé dans un renforcement de la banquette. » (102) Qu’est-ce que le lecteur voit ? Ou bien qu’est-ce qu’il imagine ? Il voit le personnage assis sur une banquette ; ce dernier est par conséquent l’objet de la vision du lecteur ; puis il devient sujet de la vision parce que le lecteur voit à travers ses yeux ; c’est-à-dire il devient narrateur et acteur des actions qui suivent le vol. Le narrateur confesse son pêché devant son lecteur en s’excusant : « Je n’avais pas eu l’intention de le voler, non. Lorsque je l’ai ramassé, j’avais simplement eu dans la tête l’idée d’aller le rapporter au caissier, mais au moment de lui remettre, comme il était occupé à rendre la monnaie, j’avais fait demi-tour et j’avais quitté la salle. » (102) À croire que le vol n’est pas prémédité. Quant au narrateur de La Sévillane, il semble moins innocent, presque sans scrupules, en plus, il ne s’explique, ni ne se justifie. On le voit seulement regarder, puis saisir l’appareil-photo oublié par des touristes. Le récit littéraire continue par une succession d’événements rapides exprimés par le passé simple. Les actions trahissent la peur du narrateur d’être surpris par quelqu’un. Une fois l’appareil-photo empoché, le narrateur de L’Appareil-photo comprend qu’il ne peut plus reculer : [ …] et, soudain pris de panique en entendant du bruit derrière moi, je commençai à faire des photos en toute hâte pour terminer la pellicule, des photos au hasard, des marches et des mes pieds, tout en courant dans les escaliers l’appareil à la main, appuyant sur le déclencheur et réarmant aussitôt, appuyant et réarmant pour achever le plus vite possible le rouleau. (103) Les événements ne se déroulent pas, ils se précipitent : « Regardant les vagues en contrebas, je sortis l’appareil de ma poche et, presque sans bouger, je le laissai tomber par-dessus bord, qui alla se fracasser contre la coque avant de rebondir dans la mer et disparaître dans les flots. » (106) Le narrateur de L’Appareil-photo suit du regard l’instamatic jusqu’à ce que les vagues l’engloutissent, mais le spectateur de La Sévillane ne voit pas à travers les yeux du narrateur, il voit à travers l’œil caméra. Ces moments semblent être écrits pour être transposés dans le film. Ainsi, dans La Sévillane , la scène correspondant au vol de l’appareil est filmée à très grande vitesse ; la musique typique pour les films policiers complète ce tableau d’une grande intensité dramatique. Le point de vue est extérieur à la conscience du narrateur qui est suivi par l’œil caméra. Il court, il regarde derrière lui de temps à autre, comme un malfaiteur poursuivi par la police. Il décide brusquement de jeter l’instamatic dans la mer et l’œil caméra est orienté vers le bas. De retour de leur voyage à Londres, le narrateur de L’Appareil-photo fait développer les photos prises avec l’appareil photo qu’il a jeté dans la mer.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=