AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 210 1. Introduction Nous nous proposons d’étudier les emplois adverbiaux de deux couples d’adjectifs évaluatifs du roumain – bun « bon » vs r ă u « mauvais / méchant » et frumos « beau » vs urât « laid » –, constitués chacun d’un élément intrinsèquement valorisant et d’un élément intrinsèquement dévalorisant . Ces adjectifs ont les significations suivantes : • bun (< lat. bonus « bon ») : « conforme à un prototype idéal » (fr. bon , beau , heureux , brave , bienveillant , délicieux , sage , convenable , judicieux , véritable …) ; • r ă u (< lat. reus « accusé, coupable »), le contraire de bun : « qui ne correspond pas à tel prototype idéal » (fr. méchant , mauvais , désagréable , vilain ) ; • frumos (< lat. formosus « bien fait ») : « qui suscite l’admiration en raison de ses qualités supérieures, harmonieux, agréable » (fr. beau, joli ) ; • urât (< part. passé du verbe a urî « haïr, détester », du lat. * horrire ) « désagréable, qui manque d’harmonie » ( fr. laid , mauvais , sale , vilain ). Comme tous les adjectifs du roumain, ces adjectifs évaluatifs s’emploient facilement comme adverbes (de manière) ; l’adverbialisation se réalise à partir de la forme du masculin singulier, sans impliquer aucun changement formel. On peut même dire que ces adverbes sont les homonymes des adjectifs correspondants ; ce qui les distingue, c’est leur syntaxe : c’est le critère de l’incidence qui joue. Les adjectifs adverbialisés se rapportent soit à des verbes, soit à des adjectifs. La conversion grammaticale implique aussi un transfert sémantique : on passe d’une qualité ayant pour support une substance à la « qualité » (caractérisation) d’un procès ou à l’intensité d’une qualité ou d’un état. Il faut néanmoins préciser que l’adverbialisation des adjectifs présuppose une compatibilité sémantique entre l’adjectif- adverbe et le verbe ou l’adjectif qu’il déterminera. En roumain, le transfert des adjectifs dans la classe des adverbes est tout à fait naturel et extrêmement courant, à la différence du français, où ce procédé – tout en étant possible – n’est employé, somme toute, que dans peu de cas. En ce qui concerne les quatre lexèmes étudiés, la conversion adverbiale fonctionne parfaitement pour r ă u , frumos et urât , mais très peu pour bun , vu l’existence de l’adverbe bine « bien ». Dans le tableau ci-après, nous présentons une situation comparative au niveau du système des deux langues, afin de mettre en évidence les

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