AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 22 Le film La Sévillane s’ouvre sur un écran noir, à l’aube, dans une lumière grisâtre, avec un monologue en voix off. Puis, le spectateur voit le personnage-narrateur dans un port, assis à l’intérieur d’une cabine téléphonique. Ce monologue du début du film est un résumé des événements récents de sa vie : « C’est à peu près à la même époque de ma vie calme où d’ordinaire rien n’advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements, qui pris séparément, ne présentaient guère d’intérêt, et qui, considérés ensemble, n’avaient malheureusement aucun rapport entre eux. » (7) Pourquoi les amis perdus de vue reviennent- ils inopinément, juste au moment où il veut apprendre à conduire? Voilà la source de ses angoisses ! Combien de problèmes pèsent sur les épaules d’un narrateur tellement (in)sensible ou si (in)différent ! Cette séquence donne le ton du film, c’est l’exposition. Le narrateur met beaucoup de temps à écrire ce premier paragraphe du roman : « plus d’un mois » (Demoulin 2007, 135), mais il n’opère pas de changement quand il choisit de l’adapter pour le cinéma. Une remarque s’impose de justesse : le cadre des séquences d’ouverture et de clôture du film est identique : le narrateur est assis par terre dans une cabine téléphonique située dans un port. À la fin du roman et du film, le narrateur s’accorde encore un moment de réflexion, de méditation sur l’instant présent « […] tâchant de fixer encore une fois sa fugitive grâce - comme on immobiliserait l’extrémité d’une aiguille dans le corps d’un papillon vivant. » (127) Pour apprécier l’importance de ces paragraphes d’ouverture et de clôture, il sied de remarquer leur transcription telle quelle du roman au film. Pourquoi le scénariste choisit-il comme cadre d’ouverture et de clôture un port ? Parce que le quai, la gare, le port ce sont des éléments qui marquent une transition entre deux espaces, entre deux moments temporels ou encore, entre deux crises intérieures. Au début du film, le port sert de cadre pour exprimer une prise de conscience, un moment de rupture avec la quiétude qui précède la tempête, le bouleversement des situations qui viennent de s’annoncer dans sa vie. Vers la fin du film, le port devient le cadre d’une déclaration amoureuse, donc les personnages réalisent le passage d’une relation d’amitié à une relation amoureuse (c’est là la seule différence entre le roman et le film, la déclaration amoureuse est prononcée d’une manière explicite dans le film). L’obscurité clarifie et augmente la tension psychologique éprouvée par le narrateur de La Sévillane . La nuit - l’obscurité - l’aube sont les moments propices pour s’ouvrir, pour libérer la subjectivité; elles facilitent la liberté de la parole ; occasionnent l’aveu, la confession. La déclaration amoureuse que le narrateur fait à Pascale est murmurée à l’aube, parce que le narrateur anonyme a trouvé le complice

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