AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 42 La vie ne compte pas La vie est un inventaire pour le commerce du vent elle ne dure pas mais demeure dans tous les mots. Muets nous le sommes Depuis la naissance dans la cendre du ciel . Il suit la notation des états successifs éprouvés par le créateur de ces vers : obsession du dernier vers, anxiété, tentative d’ajouts, réflexion, agacement, ennui, réflexion sur le rêve, frissonnement, halètement, réflexion sur les mots, télescopage des plages sémantiques, soupir, silence. Tout cela est suivi de cette conclusion : Quand j’écris je me déshabille du poème, je ne suis plus un corps. Je vis dans la marée émouvante des mots véloces. Quand j’écris, je laisse la porte ouverte aux univers du dedans (onirique, métaphysique, philosophique, scientifique). Ainsi je m’évade de la nature prédatrice armé du sensible savoir en fuite. (RR, 60) 3. Les effets de sens et les formes-sens Malgré le parti pris pour les capacités de pensée et langagières de notre espèce, c’est le côté biologique (naturel !) de l’être qui s’exprime avec le maximum de vigueur comme dans ces vers de Nous ne savons pas marcher : Et le désir vibre dans le vide entre nos atomes Et la matière murmure dans le vide de nos amours. Les Antiques cultivaient une espèce de poésie appelée palinodie. Les pièces en vers respectives contenaient la rétraction des sentiments précédemment exprimés. Nous trouvons dans les vers cités une annulation de cette affirmation explicite et plus d’une fois implicite que la nature n’est pas la vie, que la nature n’est pas dans la vie (des mots). (Dans la vie. Dans la nature). Voulant nier les pulsions, le poète les exprime toutefois par des moyens propres de la poésie, dans une figure phonologique où la vibration de la consonne liquide R parvient à abolir l’arbitraire du signe linguistique. Car dans les plus grandes réussites, les poètes motivent le signe. L’harmonie imitative n’en est qu’un exemple. C’est ce qui nous fait conclure que Renaud Longchamps est le poète de l’instinct de survie contemplé, compris, ressenti, sublimé, verbalisé, théorisé, nié. Quant à l’appartenance de sa poésie à un genre connu et reconnu, disons qu’il cultive une espèce de méditation poétique ou de poème philosophique qui se définit par un discours hétérogène. En d’autres mots, il ne se montre pas soucieux de poésie pure, il n’élimine pas les méandres de la réflexion et

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