AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 43 il ne craint pas les énoncés plats, apparemment neutres et dépourvus de charge connotative. Ce type de discours interfère avec le discours philosophique et le discours scientifique. À la fin du siècle dernier est au début du XXI e un nouveau champ d’interférences se fait remarquer. La diffusion explosive des savoirs produit un brassage qui abolit les frontières des domaines d’expression autonomes. La prétention d’un langage autarchique pour la poésie se voit estompée, perdue dans l’histoire de la modernité d’avant-hier. On parle d’entreprises poético-scientifiques, d’une réconciliation de la poésie et de la philosophie, d’un nouveau dire qui passe par une nouvelle anthropologie et de textes à la fois artistiques et spéculatifs. Des études transdisciplinaires réclament une réintégration ontologique du langage poétique. Des termes plus ou moins familiers comme « géopoétique » ou « biocosmopoétique » désignent une nouvelle attitude du poète face au monde. 3 Tout cela rend légitime les tentatives de situer le poète québécois au premier plan d’un grand effort langagier associé à un renouvellement du poétique en traversant de nouveaux savoirs. Cependant, restant fidèle au credo du poète, nous poursuivrons une lecture de ses poèmes qui veut rendre compte surtout de la quotité d’expressivité poétique. Cela nous oblige à revenir à des délimitations qu’on a faites pour relever, en fin de compte, les traits spécifiques de l’idiolecte. 4. Discours scientifique, discours poétique L’imaginaire actif dans les poèmes en question rejoint le territoire des sciences. Le ton assertif et l’argumentation ne manquent pas. Le chiasme, l’amphibologie nous avertissent qu’il y aussi un « manège sémantique ». Amateur de sociologie, psychanalyse, cosmologie, biologie, paléontologie, physique nucléaire, théorie mathématique des catastrophes, géométrie fractale, le poète incorpore dans sa vision du monde des bris de ce savoir. Quels que soient les contenus ou l’implication du sujet, la matière verbale acquiert des valeurs connotatives, plurisémantiques, s’organise prosodiquement et rhétoriquement. Une dé-neutralisation, une pathétisation du langage et une ambition totalisante définissent, selon Jean Cohen (1979), toute poésie. Le poète qui énonce : j’ai vu un lépidoptère voler sous le soleil du Dévonien . ( Première confession dans Confessions négatives ) illustre cette thèse. La matière verbale fournie par les sciences est renouvelée, filtrée par une compréhension plus ou moins spontanée, subjective et extensive. Nous trouvons dans le Dossier de presse une information sur l’influence exercée par le paléontologiste Stephen Jay 3 Wunenburger et alii 1996, 7-13, 94-97, 99.

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