AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 50 binaire : exil intérieur et exil extérieur (proprement dit). L’exil de gré ou de force provoque une dislocation, une suite de ruptures qui se manifestent sur plusieurs plans : psychologique, identitaire et culturel. Les raisons de l’abandon du pays natal sont aussi diverses que l’époque, l’espace géographique ou le milieu politique et culturel d’où proviennent les exilés. Dans le cas des Roumains, on peut parler plutôt d’un exil volontaire au début du XX e siècle, une véritable émigration artistique inaugurée par le sculpteur Brâncu ş i en 1905 et continuée, entre autres, par les grands écrivains Tzara, Ionesco, Eliade, Cioran. Ils sont partis pour trouver d’autres sources d’inspiration, loin de leur terre natale où rien d’intéressant ne se passait. Pour eux, l’éloignement du pays natal s’est avéré être un catalyseur de la créativité, une épreuve exaltante, un gain. L’exil volontaire est remplacé par le vrai exil, celui forcé, après l’installation du totalitarisme en Roumanie, surtout dans les années 1970-1980 lorsque le régime de Ceau ş escu veut mettre en pratique les fameuses thèses de juillet 1971, pour introduire la censure, le culte de la personnalité, la terreur, la répression et pour imposer aux écrivains des sujets inspirés de la réalité socialiste. Beaucoup d’entre eux ont été obligés de quitter le pays pour fuir les contraintes du régime, pour vivre dans un espace de liberté afin de dénoncer l’oppression et la combattre. Celui-ci correspond dans la plupart des cas à des pays de l’Europe occidentale, notamment la France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne. Notre ambition est de traiter du parcours de quelques écrivains qui ont choisi la France comme pays d’adoption et le français comme langue d’écriture. La perte de la langue maternelle est éprouvée comme une blessure de la mémoire ou parfois comme une mutilation. Dans le cas d’un écrivain c’est un véritable trauma, très difficile ou presque impossible à guérir. On ne peut pas dissocier la littérature de la langue ; c’est pourquoi, nous considérons que l’analyse des rapports de ces écrivains avec la langue française, l’éclairage porté sur leur imaginaire et leur passion pour la langue française pourrait contribuer à l’approfondissement de la problématique de la francophonie. Pourquoi les Roumains ont-ils choisi d’écrire en français ? Quelle est leur relation avec la langue française? Pendant les dernières années, la critique de spécialité s’est beaucoup préoccupée d’analyser l’exil littéraire roumain. On a vu paraître des études qui visent à réaliser une chronologie de l’exil de l’après-guerre (I. Simu ţ , România literar ă , nr. 24/2008), des ouvrages sur la thématique de cette littérature (Cornel Ungureanu, Mircea Eliade ş i literatura exilului ; La vest de Eden. O introducere în literatura exilului , Mircea Popa, Intoarcerea la Itaca ) et surtout Enciclopedia exilului literar românesc. (1945-1989) ,
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