AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 51 ( L’Encyclopédie de l’exil littéraire roumain. (1945-1989)) de Florin Manolescu, livre paru en 2003. Quoique critiqué pour ne pas avoir éclairci et délimité le concept d’exil dans le cas des Roumains ou d’avoir mis en avant des critères non pertinents pour les sélectionner, l’ouvrage a quand même un grand mérite, celui d’avoir pu rejoindre les dimensions roumaine et étrangère de la vie littéraire de quelques écrivains : Eliade, Vintil ǎ Horia, Eugen Ionescu, Cioran, Petru Dumitriu et d’autres. Ce pourrait représenter un premier pas dans l’effort d’intégrer la littérature de l’exil dans la littérature roumaine. 1 Même si le livre ne comprend pas des noms très connus comme ceux de B. Fondane ou I. Voronca, il recense un nombre impressionnant d’auteurs (254), dont 129 ont écrit au moins un livre dans une langue étrangère, d’habitude la langue du pays d’accueil. Une statistique très simple montre que, parmi eux, 76 ont choisi le français, 19 l’anglais, 13 l’espagnol, 10 l’italien et 9 l’allemand. Le choix du français caractérise surtout la génération d’exilés d’avant les années 70. Mais il faut souligner que, parmi ceux qui ont adopté une autre langue de création, il existe des écrivains qui ont choisi le français pour des ouvrages non –fictionnels, pour des essais ou des mémoires. 2 L’intérêt pour le français est dû à sa vocation de langue rationnelle et universelle qui s’est imposée aussi comme la langue de la liberté et des idéaux révolutionnaires contenus dans la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » (1789), ce qui pourrait expliquer d’ailleurs sa pénétration rapide dans différents pays de l’Europe ou sur d’autres continents. Les intellectuels roumains ont choisi en grand nombre la France comme terre d’accueil, suite à notre latinité et aux rapports culturels et historiques très anciens entre les deux pays. Paris a représenté la ville magique qui a attiré les révolutionnaires roumains de 1848 et les 1 C’est le cas, parmi d’autres de Serge Moscovici, spécialiste en psychologie sociale et mémorialiste, qui a écrit seulement en français, détenant des fonctions extrêmement importantes en France après sa fuite en 1984 : professeur à Paris VII au département d’anthropologie, directeur du Laboratoire européen de psychologie sociale à Paris (1979). À ses études de spécialité, s’ajoutent son œuvre de mémoires, Chronique des années égarées (1997) où il dévoile son périple à travers l’Europe en passant clandestinement les frontières de plusieurs pays (Hongrie, Autriche et Italie) pour gagner la France. On y découvre aussi l’image de la Roumanie de l’entre-deux guerres du point de vue d’un juif minoritaire ou marginal dans ce pays. 2 Parmi ces exilés, on peut mentionner le rabbin Alexandru Safran qui a vécu à Genève, écrivant ses mémoires en français. Pavel Chihaia s’est exilé en Allemagne en 1978, mais il a fait une thèse en l’Histoire des Arts à la Sorbonne qu’il a rédigé en français : Immortalité et décomposition dans l’art du Moyen Age. À ces noms on ajoute celui de l’illustre journaliste Pamfil Ş eicaru qui a fondé en 1928 le journal Curentul, mais qui a quitté la Roumanie en 1944 pour vivre trente ans à Madrid et les dernières années en Bavarie. Parmi ses livres en roumain et en allemand, on trouve un ouvrage en français : La Roumanie dans la Grande Guerre.

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