AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 53 donnant la chance d’avoir des lecteurs dans les deux pays. L’auteure y inclut la grande majorité de l’exil roumain, depuis la première jusqu’à la dernière vague. Sa liste commence par Mircea Eliade, l’exemple brillant d’acculturation, et continue avec Vintil ǎ Horia, Monica Lovinescu, Virgil Ierunca, les frères Cior ǎ nescu. Parmi les représentants de la génération jeune, Eva Behring nomme Virgil T ǎ nase, Norman Manea, Dumitru Tsepeneag et Dorin Tudoran. Ceux qui ont renoncé à l’identité d’origine pour s’intégrer totalement dans la culture du pays adoptif forment le troisième groupe. Le représentant notoire est Cioran, qui a complètement rompu avec son identité roumaine refusant toute tentative de regagner ses appartenances en France. On connaît son attitude envers les Roumains qui ne pouvaient pas répondre au niveau de ses exigences. Paradoxalement, porteur au début d’un grand amour pour son peuple, il est parvenu à le haïr pour les traits négatifs de son identité comme : l’indolence, la passivité, le scepticisme et la religiosité mineure. L’ouvrage d’Eva Behring fait une analyse des écrivains roumains de l’exil qui ont quitté la Roumanie après la Seconde Guerre mondiale comme elle le précise d’ailleurs dans le titre : Scriitori români din exil. (1945-1989) . Sa perspective est historico-littéraire ; en dehors de la chronologie de l’exil, cet ouvrage nous semble couvrir de nombreux aspects qui identifient les auteurs (« L’identité culturelle et la conscience de soi - problèmes fondamentaux de l’exil littéraire », 2001, ch. III) ou qui visent leur réintégration dans la vie littéraire roumaine. (2001, Ch. V « Depuis la réception à l’intégration : l’encadrement de la littérature de l’exil dans la culture nationale. » n.t.) 3 Pour analyser le rapport de ces écrivains avec la langue française, nous allons nous limiter à quelques noms qui nous permettent de présenter les divers aspects de cette relation. Cet examen devrait commencer bien avant le vrai exil envisagé par toutes les études de spécialité. Nous ne nous arrêterons pas sur les aïeuls de l’exil roumain, ces intellectuels de 1848 (N. B ǎ lcescu et C. Bolliac) pour lesquels Paris représentait le modèle traditionnel de culture et de civilisation, l’espace symbolique de la liberté. Pour ces révolutionnaires, la langue française était une langue d’élection, une langue privilégiée. La même image du français se retrouve chez les 3 Dans son étude, Eva Behring choisit la décennie comme critère pour distinguer les périodes de l’exil roumain : les années 40-50 (Mircea Eliade, C. V. Gheorghiu, V. Horia, Aron Cotru ş , Pamfil Ş eicaru, Emil Cioran, Horia Stamatu, George Usc ă tescu, Ş tefan Baciu, Alexandru et George Cior ă nescu, Virgil Ierunca et Monica Lovinescu), les années 60-70 (Dumitru Tsepeneag, Paul Goma, Petru Popescu, Matei C ă linescu, Virgil Nemoianu, I. Negoi ţ escu, Virgil T ă nase, I. P. Culianu, S. Damian, Gelu Ionescu, Gabriela Melinescu, Sanda Golopen ţ ia) et les années 80: Norman Manea, Ion Caraion, Dorin Tudoran, Matei Visniec, Bujor Nedelcovici, Nicolae Balot ă , Mircea Iorgulescu etc.

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