AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 60 « littérature de la deuxième génération », « littérature migrante » 2 , « littérature de l’immigration », « littérature de la banlieue » ; on l’attache soit à la littérature arabe, maghrébine, soit à la littérature européenne et même à la littérature étrangère. Dans les librairies ou dans les bibliothèques, elle est souvent répertoriée dans la section « immigration » étant par conséquent rejetée du champ littéraire et rangée dans le domaine de la sociologie. Ainsi cette réalité indique-t-elle que cette littérature est contestée et située par les critiques en marge de la littérature nationale. Malgré son statut, cette littérature a donné aux enfants des immigrés la chance de s’exprimer, de « faire passer [leurs] propres messages par l’écriture » (El Galaï 2005, 9) et d’ « éclairer une zone de mutisme. » (Sebkhi 1999, §31) Les écrivains qui s’en revendiquent s’intéressent surtout à la vie que les jeunes issus de l’immigration mènent dans des cités presque coupées du reste du monde. En racontant les choses de l’intérieur (les écrivains de même que leurs personnages sont nés ou ont vécu une partie de leur vie dans des banlieues), les auteurs donnent un peu plus de vraisemblance aux histoires qu’ils racontent 3 et aux personnages qu’ils mettent en scène. demande comment elle se situe en tant qu’écrivain, Leïla Sebbar a bien du mal à répondre. Elle n’est ni écrivain algérienne, ni écrivain maghrébine de langue française, puisque le français est sa langue maternelle, ni écrivain «beur», puisqu’elle n’a pas vécu l’immigration. Alors elle répond écrivain français » (interview avec Leila Sebbar, propos recueillis par Nelly Bourgeois). Pourtant, il ne faut pas oublier que pour certains, le mot « beur » renvoie à une certaine identité qui ne peut être dénommée autrement : « Beur est donc un mot bien français qui renvoie au béton et au monde du travail. Mais ce n’est ni un concept ni un ghetto : il désigne des sensibilités et des cultures différentes. D’ailleurs, certains d’entre nous le récusent et préfèrent se définir comme Arabes ou Berbères de France. Le terme beur a été tellement utilisé par le pouvoir dominant dans le sens d’une assimilation pure et simple que, pour ne pas devenir ˝ fromage ˝ , de nombreux jeunes se sont radicalisés dans la référence à leur langue maternelle, ou à une espèce d’arabité conceptuelle, en réaction à la négation de leur identité. Mais l’important n’est pas la revendication de telle ou telle appellation, c’est l’affirmation d’une identité, actuellement laminée par un jacobinisme outrancier qui fait l’objet du consensus de tous les partis politiques. » (Kettane 1986, 21) 2 Habiba Sebkhi, dans son article « Une littérature "naturelle" : le cas de la littérature "beur" » n’approuve pas cette appellation : « La littérature beur relèverait-elle alors de la littérature migrante ? On entend par ce terme que le sujet écrivain a émigré d’un lieu d’origine vers un autre lieu. Or, le sujet beur n’a ni émigré ni immigré. De plus la littérature migrante est une écriture du deuil, de la perte, de la dépossession nostalgique du pays, des origines (…). Or, aucune trace de cela dans la littérature "beur" dont la production révèle une mémoire du pays d’origine fictive et un solide ancrage dans "l’Ici". » (§ 11) 3 Dans la plupart des cas, l’expérience personnelle des écrivains joue un rôle important dans la création de l’œuvre, c’est-à-dire ils s’inspirent plus ou moins de leur propre expérience, leurs œuvres ne pouvant pas être séparées d’une manière nette de leur expérience. Dans ce sens, il faut souligner le fait qu’il n’est pas toujours facile de connaître toujours l’impact de l’autobiographie de tel ou tel écrivain sur son œuvre d’autant plus que beaucoup d’entre eux nient s’être inspirés de leur propre vie.
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