AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 63 dans des manifestations de l’horreur et du mépris » 7 . Par conséquent, quand on dit « aliénation », on dit « déracinement », « solitude », « souffrance », « humiliation ». Dans le cas de Samia, le « déracinement », l’« humiliation » et même l’exclusion sont inclus dans le terme de « beurette ». Dans ce roman, l’emploi de ce terme peut avoir un double rôle : il sert à la fois d’ « ancrage référentiel » - il indique que la jeune fille appartient à l’immigration et qu’elle vit dans une banlieue -, et d’ « allusion implicite » à un rôle « pré- programmé » (Hamon 1977, 127) – c'est-à-dire à un destin en tant que « Autre », être différent, stigmatisé. Étant donné sa présence dès le titre, le terme de « beurette » peut être considéré comme un substitut du nom propre du personnage féminin ; par conséquent, nous pourrions parler d’un « nom transparent » (Hamon 1977, 150) qui anticipe et préfigure le destin de Samia. En parcourant les premières lignes du roman, le lecteur se rend compte que le mot « beurette » est employé par « les autres », ceux qui vivent au-delà des murs invisibles de la cité, pour dénommer les jeunes filles issues de l’immigration maghrébine : « Je suis née au Paradis, et il paraît que je suis une „beurette“, ça veut dire „une enfant d’immigrés“. » (DSB, 9) Cette phrase indique que la narratrice ne se sent pas concernée par cette étiquette que les Français collent aux jeunes issues de l’immigration maghrébine. Dès le début du récit, Samia se considère avant tout Française, car elle est née sur le territoire français, mais elle est consciente que les « Autres », c’est-à- dire les Français de souche, voient en elle un être « différent », une « étrangère ». D’ailleurs, le lecteur se rend compte dès le titre que l’appellation « beurette » est attribuée au personnage féminin, et implicitement à sa créatrice, par une société pour qui les personnes d’origine algérienne appartiennent plutôt à la communauté « beur » qu’à la communauté française. Dans ce sens, Barbara Boyer remarque que « la pluralité ethnique et culturelle du ˝ beur ˝ ne répond pas aux critères identitaires de ce que constitue ˝ être français ˝ dans l’imaginaire national. Les appellations stéréotypées, généralement attribuée aux personnes issues de l’immigration maghrébine marquent, par leur effet de ghettorisation, une certaine désappartenance identitaire à la France. » (Boyer 2002, 297) 7 Citation reprise de l’article « Le problème de l’aliénation dans la littérature des XX e et XXI e siècles », Acta Fabula , Notes de lecture, de Simona Ji ş a publié sur http://www.fabula.org/revue/document4757.php. L’article représente un compte-rendu de l’ouvrage Les Structures de l’aliénation de Marie-France Rouart, paru aux éditions Publibook en 2008.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=