AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 65 adultes, d’où un fort sentiment d’exclusion. Dans ce monde, leur vie n’est qu’une suite de souffrances, de combats perdus à l’avance. Dès un âge tendre, Samia devient consciente de sa différence, de son étrangéité, à cause de son nom à résonance étrangère et de ses traits physiques. La découverte de cette altérité sera vécue à travers les années comme un exil intérieur qui anime le sentiment de l’aliénation : « Souvent, il m’apparaît que je porte trop de signes distinctifs. J’ai l’impression d’être une fourmi égarée, qui chercherait à s’intégrer dans une autre fourmilière, qu’on reconnaît tout de suite, à qui on le fait sentir, qu’on met à l’écart » 9 . Au fur et à mesure, Samia comprend que la famille et l’Islam sont coupables du mal-être qu’elle ressent, de sa difficulté à s’intégrer dans la société française. Sous l’influence de ses lectures où des personnages opprimés exigent qu’on leur respecte les droits, la jeune fille finit par considérer que les deux composantes primordiales de la communauté maghrébine traditionnelle ne font qu’enchaîner la femme par des lois ancestrales qui l’empêchent d’avoir une vie normale : « Il paraît que c’est la religion qui veut ça, et que chez nous la femme n’a pas le droit de faire telle ou telle chose, en bref, de vivre normalement! ˝ Ça ne se fait pas chez nous ˝ , c’est la phrase magique pour dire qu’il lui faut absolument rester enfermée! » (DSB, 6) Samia fait référence ici à toute une communauté, la communauté arabe, qui continue à vivre selon des coutumes et des lois millénaires, quoiqu’elle se trouve depuis de nombreuses années en France. Les guillemets indiquent clairement un discours n’appartenant pas à la narratrice mais aux « autres » ; cette fois les « autres » représentent des gens issus de l’immigration qui conçoivent leur vie comme s’ils se trouvaient encore en Algérie, vie que la jeune fille ne reconnaît pas et ne veut non plus vivre. Par conséquent, elle se voit obligée à prendre ses distances : son rêve de liberté se heurte aux valeurs musulmanes de sa famille et de la communauté, les deux capables de tout pour préserver les traditions du pays des ancêtres. L’aveu de la jeune fille au sujet du Ramadan y est éloquent : « Moi, je ne sais plus ce que je dois croire » (DSB, 90). Elle se sent complètement aliénée par la religion musulmane de ses parents : « C’est vrai que mon father et ma mother prient, mais jamais on a su ce que cela voulait dire. Aucune explication, aucune histoire racontée sur la religion. Et d’un coup, on nous dit que c’est la religion qui nous interdit de vivre comme on le voudrait » (DSB, 122). Ayant une telle attitude envers une composante essentielle de la religion musulmane, la jeune fille souligne qu’elle est décidée de rompre le lien qui l’attache à sa famille et à sa communauté. 9 Daniel Biyaoula, L’impasse , Présence Africaine, 1996, p.224, apud Christiane Albert dans L'immigration dans le roman francophone contempo r ain , éd. Karthala, Paris, 2005, p.92.
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