AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 66 Barbara Boyer y voit même une « rupture idéologique qui s’est effectuée entre la génération des anciens et celles des enfants qui se sent tributaire de traditions religieuses dont elle ne connaît même plus l’origine. » (Boyer 2008, 326) Aussi, Samia décide-t-elle de laisser derrière elle toutes les valeurs dans lesquelles elle ne croit pas, des valeurs qui ne peuvent pas définir sa vie de Française à part entière. Le fait d’être née, élevée et éduquée dans la société française lui offre la chance de comprendre que sa famille, de même que toute la communauté maghrébine, approuvent, par leur conduite selon des lois qui ne laissent pas de place et de droits à la femme, « l’aliénation des femmes par les hommes. » (Boyer 2008, 326) Il n’y a rien qui se fait ‘chez nous’ ! La religion, elle a bon dos quand même ! C’est trop facile ! On ne nous a jamais parlé de la religion […]. Jamais on ne me demande mon avis, si je suis d’accord ou pas. Pour moi, ce n’est pas ça la religion. Je ne sais pas vraiment ce que c’est, mais je ne peux pas croire que c’est uniquement des interdictions qui nous rendront heureux. Du moins pour la femme, parce que les hommes s’en sortent plutôt bien, dans cette histoire. Je suis sûre que le Livre a été écrit par un homme. Ce n’est pas possible autrement, une femme n’aurait pas pu enfoncer et trahir ses propres sœurs ! […] A la base, [les hommes] sont déjà méchants, et la religion ne leur sert qu’à assouvir leur méchanceté. (DSB, 123) La maison finit par devenir pour Samia une véritable prison où il faut agir selon des règles établies à l’avance « puisque l’honneur de toute la famille repose au premier chef sur [la] réputation [des filles] » (Huughe 2001, 71), sur leur virginité qui symbolise aussi « ˝ une arabité ˝ que les parents, c’est- à-dire la première génération, essaient à tout prix de préserver. » (Huughe 2001, 76) C’est ainsi que la révolte et la transgression des coutumes ancestrales entraînent la souffrance physique et morale, car la famille musulmane traditionnelle semble parfois faire abstraction du fait que ses filles sont avant tout des Françaises libres, le père ou le frère aîné n’hésitant pas à les punir d’une manière exemplaire pour leur audace. Dans son ouvrage Écrits sous le voile, romancières algériennes francophones, écriture et identité , Laurence Huughe remarque elle aussi que « la violence qui s’exerce contre les fillettes et les jeunes filles est (…) omniprésente dans les récits » (2001, 74) des écrivaines de la deuxième génération. Dans notre cas, Samia se fait battre par son frère aîné à cause d’un retard de quelques minutes : Tu te fous de ma gueule ! Sale garce, espèce de pute ! (…) Il [son frère aîné] se retourne et me colle une autre gifle (…), fonce carrément sur moi, je me retrouve par terre. Il prend sa ceinture et me frappe avec (…). Ma mother ne l’arrête pas (…). Le pire c’est quand il lâche la ceinture pour me donner des coups de pied dans le ventre (…). Je crie de douleur, d’effroi et d’horreur. (DSB, 113)

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