AGAPES FRANCOPHONES 2010
AGAPES FRANCOPHONES 2010 68 Cependant, pour arriver à y voir un atout, Samia doit dépasser de nombreux obstacles que l’école française dresse encore contre les élèves issus de l’immigration. C’est le système qui décide quelles sont les études qu’elle devrait faire et cette décision est prise sans demander son avis. Se retrouvant orientée vers un métier qu’elle n’aime pas, Samia finit par se sentir marginalisée. Dans ce sens, Fatiha El Galaï observe que « aguillés sur des filières qu’ils n’ont pas choisies et forcés d’apprendre des métiers imposés, ces enfants [issus de l’immigration maghrébine] voient dans cette institution la principale responsable de leur marginalisation et adoptent, à leur tour, une attitude provocatrice qui ne peut que contribuer à les marginaliser davantage. » (El Galaï 2005, 94) Au lieu d’offrir les mêmes chances à tous, l’école devient un endroit de l’exclusion, de l’isolement, qui ne fait qu’accentuer le sentiment d’aliénation que ressent Samia. Pour la jeune fille, l’école est aussi un lieu imprégné de racisme : quand, après avoir été transférée en « sixième des nuls, la classe spécialisée des cancres » (DSB, 21), Samia demande qu’on lui donne la chance de passer un examen qui lui permette d’accéder en sixième normale, l’institutrice n’hésite pas à la qualifier comme élève en situation d’échec ayant enfin trouvé sa place : « Mais ma pauvre petite, c’est trop tard pour toi. Tu ne peux même pas le passer, cet examen, tu n’y arriveras pas! » (DSB, 22). De tels épisodes lui font sentir à tout moment qu’elle est une étrangère dans son propre pays et Samia a l’impression qu’elle a manqué son chemin. Longtemps, elle verra dans l’école un espace où les enfants d’immigrés sont stigmatisés : « Au collège des ˝ normaux ˝ (…), j’aime pas quand on y va là-bas, ils nous regardent tous de la tête aux pieds comme si on était des débiles. » (DSB, 23) Mais cette vie sous le signe de l’aliénation, de l’exclusion ne peut continuer à l’infini, surtout que l’école a constitué aussi un facteur de rupture entre la jeune fille et sa famille. Après une vie faite d’interdictions, Samia décide de prendre son destin de ses propres mains et le départ devient la seule solution envisageable : ce n’est qu’en quittant le foyer familial et sa communauté que la jeune fille pourra rêver d’une existence paisible et d’une intégration réussie dans la société française : « Peut-être qu’elle a pensé que je n’oserais pas m’en aller. Mais là, maintenant, elle est obligée de se rendre à l’évidence (…). Je m’en vais, tout m’est égal (…). Je n’en ai rien à foutre de l’autorisation, j’ai décidé de m’en passer. Je ferai ce que j’ai dans la tête. » (DSB, 257) Par ce départ, Samia exprime son refus d’adhérer aux règles qui régissent la communauté algérienne. En même temps, elle manifeste son désir de se construire une identité complexe où l’Occident et l’Orient s’entremêlent, identité qui soit acceptée de tous, qu’ils soient Français de souche ou immigrés maghrébins. Dans ce sens, nous reprenons les paroles du
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