AGAPES FRANCOPHONES 2010

AGAPES FRANCOPHONES 2010 72 est marqué par la problématique de la quête identitaire, qui se manifeste différemment d’un individu à l’autre. Notre article se propose de traiter ce motif même de la quête identitaire subie par les personnages présentés dans chaque fil narratif du roman, quête subordonnée au passage du temps et au changement de lieux. Notre but est de mettre ensemble toutes ses voix singulières, mais qui se répondent à la fin, et de pencher l’oreille à leur cri commun qui réclame les mêmes valeurs : la justice, l’égalité et la charité évangélique. Révolutions est le roman où l’écrivain parle le plus de son origine bretonne, et au chœur des voix des personnages qui cherchent désespérément leurs racines s’ajoute celle de Le Clézio lui-même. Pour cette analyse nous avons choisi le fragment qui ouvre le roman du fait qu’il place le lecteur devant une multitude d’interprétations possibles au niveau du contenu aussi bien qu’au niveau du mot. L’intérêt de cette analyse herméneutique porte, parmi autres, sur la cécité et la quête des origines, thèmes des plus saisissants dans le roman, aussi bien que sur les noms propres que l’auteur choisit pour ses personnages et les lieux où ces derniers habitent. En outre, nous voudrions démontrer comment le modèle proposé par Ricœur est pertinent dans le cas du roman Révolutions . Même si Le Clézio « n’a pas envisagé la relation auteur - lecteur sous l’angle d’un véritable contrat », (Cavalero, 81) le narrateur sollicite un narrataire qu’il invite sans cesse au long du roman à pencher l’oreille à sa narration érudite. 1. La lecture littérale ou le sens littéral (lecture au niveau de la référence) À ce niveau de lecture il s’agit de rendre la réalité à partir des signes renvoyant au contexte historique, social et culturel que nous allons analyser. L’incipit de Révolutions , ayant pour but d’introduire le lecteur dans la spatialité et la temporalité du roman et de présenter ceux qui allaient devenir les personnages principaux, promet la formule d’un roman traditionnel. L’action se déroule sous le toit de l’immeuble la Kataviva, où Jean apprend petit à petit l’histoire de sa famille lointaine, racontée par sa tante aveugle, Catherine. Pour Jean le mot même « Kataviva » est chargé de mystère : « Un nom qui disait Sharon le faisait rire, quand il était tout petit et qu’elle l’emmenait rendre visite à la tante Catherine, et il le répétait

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=